© Rhéa ShirUdo
Rhéa est photographe. Elle a perdu en 2014 sa fille Sacha pendant le troisième trimestre de sa grossesse. Un long travail de deuil a trouvé son aboutissement dans une exposition photo, « Autoportrait à la Nature morte », en 2018. Derrière ce cheminement nécessaire et intime, la volonté de partager et de parler d’un sujet encore trop tabou. Et celle, aussi, de rappeler la force de la Vie : cette histoire, aussi dure soit-elle, est une histoire qui finit bien, et dans le ventre de Rhéa se trouve aujourd’hui un petit garçon qui verra bientôt le jour.

Grandir Autrement : Tu as perdu ta fille Sacha in-utero, peux-tu nous en parler? Rhéa : J’ai perdu Sacha vers 7 mois. Nous savions qu’elle était trop petite, et un matin je me suis réveillée et je savais qu’elle n’était plus là. Je suis allée à l’écho, je savais très bien ce que j’allais voir donc je n’ai pas regardé. Personne ne me disait RIEN, les mots « décès » ou « mort » n’ont jamais été prononcés, et c’est au bout de la septième ou huitième personne qui est arrivée que je me suis mise à hurler, parce que je savais. Pour moi ça fait partie du traumatisme, il n’y a pas que la perte, il y a tout l’accompagnement qui est terrible. J’ai été transférée dans une chambre, j’ai demandé du papier et un crayon pour écrire, il fallait que ça sorte.

On t’avait dit lors de ta grossesse que la mort in-utero risquait de se produire ? Oui, on m’avait dit que ça pouvait arriver et qu’on essayerait de gagner un jour après l’autre. Après cette fameuse écho, j’ai finalement été calme, on a parlé, et mon premier réflexe ça a été de leur dire « Enlevez-la moi, stop ». Mais on me dit que je dois rester comme ça pendant quarante-huit heures : on allait me donner des médicaments pour déclencher l’accouchement, elle devait sortir par voie basse. Ils ont fait intervenir une sage- femme spécialisée dans ce genre de cas. Elle me parle de vêtements à acheter pour habiller Sacha, me conseille d’aller en prendre dans un magasin de jouets vu la petite taille de mon bébé… Elle me parle du carré du souvenir aussi.

Peux-tu nous expliquer ce que c’est ? Il s’agit du carré du souvenir ou carré des anges du cimetière de Thiais (à Paris). Au centre du cimetière, il y a cet endroit où les gens qui n’ont pas de tombe sur laquelle pleurer viennent se recueillir et déposer des choses pour leurs défunts.

Comment cela s’est passé suite à cet entretien avec la sage-femme ? Je me suis sentie être un cimetière pendant ces quarante-huit heures. J’ai bu, presque sans cesse. J’avais déjà un problème d’alcool, mais ça a empiré. Je me suis retrouvée le matin du 14 octobre dans une maternité bondée avec une femme qui hurlait qu’elle ne voulait pas […]

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