Si vous parcourez les livres de vos jeunes enfants, nul doute que vous allez y trouver de nombreux animaux : loups, lapins, éléphants, cochons... Mais si vous cherchez ensuite ceux de ces livres où l’animal est traité comme un animal, le nombre risque de sérieusement diminuer ! En effet, les animaux sont très présents dans les albums et les dessins animés de nos enfants (50 % selon une étude de 2002 sur 100 albums jeunesse1), mais ils sont assez rarement représentés à leur état naturel (2 % selon la même étude).

L’anthropomorphisme désigne le fait d’attribuer à des animaux des caractéristiques humaines : sentiments, parole, marche sur deux pieds, port de vêtements par exemple. Un animal narrateur et on est donc déjà dans l’anthropomorphisme, mais celui-ci se décline dans des degrés très variés. Alors que certains des héros des albums de nos enfants ou des dessins animés (souvent dérivés d’un album au départ) conservent beaucoup de leurs caractéristiques animales, comme Pierre Lapin, de Beatrix Potter, qui vit dans un terrier, mange des carottes et se méfie du renard, certains sont « humanisés » à l’extrême, n’ayant plus guère que l’apparence de tel ou tel animal, ainsi Petit Ours Brun (Danièle Bour) vit habillé dans une maison, fait du vélo, va à l’école... Parfois, l’animal est tellement déguisé qu’il est même difficile à reconnaître : cela ne saute pas forcément aux yeux que T’choupi (Thierry Courtin) est un pingouin.

Une figure de style ancienne

Ce n’est pas dans la littérature jeunesse que l’anthropomorphisme est né. On le retrouve dans les fables, qu’elles soient de La Fontaine ou beaucoup plus anciennes, ainsi que dans les contes, ni l'un ni l'autre n'étant au départ destinés aux enfants. Le recours à des personnages animaux permettait d’enlever du réalisme, de mettre de la distance et ainsi de faire passer des messages qui n’auraient pas été tolérés socialement s’ils avaient été véhiculés par des humains. En littérature pour enfants, et en particulier dans les albums, c’est vers la fin du 19e siècle que les animaux s’humanisent, alors que ceux-ci avaient peu à peu investi le champ des livres pour enfants dès le 16e siècle. C’est l’époque où « naissent » Pierre Lapin (1902) et Babar (Jean de Brunhoff, 1931). L’humanisation peut être introduite par les illustrations, ou directement dans le texte et les situations mises en scène. De plus on constate parfois une évolution lorsqu’il s’agit de personnages récurrents, en général vers de plus en plus d’anthropomorphisme : un animal qui était nu s’habille, accède à la parole ou se redresse.

Pourquoi y avoir recours ?

La distance entre le lecteur et la situation évoquée dans l’œuvre fictive est souvent mise en avant par les auteurs pour enfants, en particulier lorsqu’ils abordent des thèmes difficiles comme la mort ou la […]

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J'ai découvert Grandir Autrement lorsque j'attendais ma fille aînée en 2013. Puis je suis passée de lectrice à adhérente de l'association et maintenant rédactrice depuis quelques années. Infirmière de formation, j'ai passé toute ma (courte) carrière dans un service de réanimation néonatale. Depuis la naissance de mes enfants je ne travaille plus en tant qu'infirmière et suis même en reconversion pour devenir doula. Devenir Maman m'a énormément appris et incitée à apprendre, comprendre... L'allaitement, le portage, les massages, le cododo, la recherche de la bienveillance, tous ces éléments ont été à la fois des aides pour devenir la main que je souhaitais être et des défis à relever. Je suis heureuse de pouvoir partager un peu de toutes mes découvertes et en faire encore et encore grâce à Grandir Autrement.

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