© Camille Masset Stiegler
L’erreur est humaine, dit-on. Elle fait partie de la vie et est inévitable. On apprend de ses erreurs, on fait des erreurs de jeunesse… Tout cela est bien connu mais il n’empêche que l’erreur est bien souvent confondue avec la faute. Ce qui nous pousse trop souvent à refuser à nos enfants le droit de se tromper.

Bien sûr, nous ne le faisons pas forcément consciemment. Mais chacun reconnaîtra probablement qu’il n’est parfois pas simple de regarder son enfant entreprendre quelque chose, de voir qu’il ne s’y prend pas comme il faudrait pour réussir et de le laisser continuer ainsi, quitte à le voir échouer (ou pas !). Pourquoi ? Parce que nous sommes conditionnés à ne pas accepter l’erreur. Faire tomber un verre car on a mal évalué un geste est vu comme une faute, mal orthographier un mot dans une dictée l’est aussi. Pourtant, il s’agit bien d’erreurs et non de fautes. « Erreur » vient du latin errare (errer) et désigne quelque chose en contradiction avec les règles de la logique ou de l’expérience. La faute désigne un manquement à une règle (morale, religieuse, mais aussi la règle d’un jeu, un règlement professionnel…). Elle amène souvent à une punition : on pense malheureusement à celles que subissent encore certaines femmes aujourd’hui parce qu’elles ont « fauté » avec un homme, ou, pour faire plus léger, aux désavantages que l’on subit lorsque l’on commet une faute lors d’un jeu sportif. Bref, il y a dans la faute une dimension morale qui est normalement absente de l’erreur car cette dernière est une étape nécessaire de l’apprentissage. Elle fait partie du jeu. Malheureusement, on sape trop souvent le processus d’apprentissage de nos enfants en intervenant pour les « corriger ». « Tu t’y prends mal, fais plutôt ainsi », « ça ne tiendra jamais si tu mets tes cubes comme ça », « on dit “vous faites” pas “vous faisez” »… En voulant bien faire, on les empêche de constater l’erreur par eux-mêmes et de trouver le moyen de rectifier les choses.

Un petit scientifique

Naturellement, l’enfant n’apprend pas de manière passive mais en expérimentant. Si l’on regarde les choses d’un point de vue philosophique, on voit deux grands courants de pensée s’affronter concernant la connaissance : le rationalisme intellectualiste, avec entre autres Descartes, et l’empirisme, avec, entre autres, Locke. Selon les rationalistes, l’expérience peut confirmer une théorie, mais non la réfuter. Ce n’est pas parce qu’une expérience ne fonctionne pas que la théorie est fausse. En bref, la théorie prime sur l’expérience. En revanche, les empiristes considèrent que l’expérience apporte la connaissance. Une expérience qui ne fonctionne pas comme espéré va ainsi amener à reconsidérer la théorie. L’erreur est donc positive puisqu’elle permet d’avancer. « Quiconque pense commence toujours par se tromper. L’esprit juste se trompe d’abord tout autant qu’un autre ; son travail propre est de revenir, de ne point s’obstiner, de corriger selon l’objet la première […]

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