© Sophie Elusse
En passant récemment mon permis de conduire, j’ai été, pour la première fois depuis des années, confrontée à la fameuse violence éducative ordinaire. Supériorité affichée, ton froid et sans égards, remarque cassante à la moindre petite erreur, tout ceci, je l’ai reçu de plein fouet. Et d’un coup, j’ai pris conscience que, premièrement, j’avais eu droit à ce traitement car j’étais considérée comme «jeune», et deuxièmement, que c’était le quotidien de la plupart des enfants et adolescents. Ce qui m’a amenée à me questionner sur l’âgisme...
Il y a quelque chose qui frappe quand on tape « âgisme » dans un moteur de recherche. C’est la quasi invisibilité du concept d’âgisme envers les jeunes. Si l’âgisme désignait au départ une discrimination envers les personnes âgées, il désigne aujourd’hui toute forme de discrimination envers une personne en raison de son âge, quel qu’il soit. Pourtant, on parle très peu d’âgisme envers les mineurs et les jeunes adultes. Même lorsque la définition donnée dans un article intègre bien la discrimination envers les plus jeunes, le reste du texte se consacre aux plus âgés, se contentant généralement de mentionner rapidement les clichés dont peuvent être victimes les jeunes et la difficulté qu’ils rencontrent à faire leur entrée dans le monde du travail. Il n’est donc pas étonnant que l’âgisme soit une notion inconnue pour la plupart des gens. On a tous plus ou moins conscience de certains stéréotypes dont sont victimes les jeunes. En revanche, on ne visualise pas ou rarement à quel point la jeunesse est dominée par les adultes. Ou plutôt, si, on le sait très bien, mais on trouve ça normal la plupart du temps. Les adultes décident car ils savent, ils ont la sagesse, l’expérience, les responsabilités,  l’argent, les possessions (« tu es ici chez moi, tu respectes mes règles »). Or, en y réfléchissant un peu, ce n’est pas normal. Quand on essaye d’élever son enfant dans un environnement bienveillant, on remet en cause beaucoup de principes érigés pour renforcer et faire perdurer la domination adulte. Pourtant, on ne se rend pas compte à quel point cette domination est profondément ancrée en nous et à quel point elle est institutionnalisée. Pour mieux développer ces questions, cet article fera beaucoup référence à La Domination adulte1 d’Yves Bonnardel, livre qui bouscule profondément et invite à reconsidérer notre vision de l’enfance.

L’enfance: une institution

Qu’est-ce que l’enfance ? D’un point de vue légal, est enfant toute personne mineure. Les mineurs sont traités différemment en fonction de leur âge, que ce soit au niveau de leur responsabilité pénale, du droit au travail ou de leur pratique de la sexualité. Du point de vue de l’imaginaire, l’enfance est une période enchantée remplie d’innocence et d’insouciance. Pourtant, il manque quelques éléments au tableau. L’enfance, ce sont les diktats du monde adulte imposés aux enfants. C’est devoir se soumettre aux ordres, être calme, sacrifier sa liberté et ses élans pour entrer dès le plus jeune âge dans les exigences de la […]

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