© Vlad Vasnetsov de Pixabay

La littérature enfantine connaît aujourd’hui un grand succès. Les librairies, les médiathèques et autres bibliothèques de villages en regorgent. Il y en a pour tous les goûts et tous les âges. Des plus sophistiqués aux plus épurés, une diversité épatante s’offre à nous. Mais ces ouvrages ne sont pas toujours bienveillants et les violences éducatives ordinaires sont parfois en trame de fond. Alors qu’une loi1 contre les VEO a vu le jour en juillet dernier, comment réagir face à cela, comment protéger nos enfants et que pouvons-nous faire pour que les mentalités évoluent ?

Il y a quelques mois, à la bibliothèque de mon village, ma fille de 3 ans m’apporte un livre du rayon bébé pour que je lui en fasse la lecture. Je suis alors outrée de découvrir des propos violents, prônant la fessée comme un acte évident. J’ai immédiatement commenté le livre en donnant mon point de vue afin de pallier le discours scandaleux de l’album. De là est parti un atelier philo improvisé avec mes trois bambins qui étaient autant déconcertés que moi. À la suite de cela, nous avons rendu le livre à l’accueil, expliquant qu’il serait fort préférable de l’enlever du rayon. Qui passe du temps à parcourir des livres avec son enfant aura bien, un jour ou l’autre, croisé l’histoire d’une fillette qui, par mimétisme, joue à faire tout comme maman : cuisiner un gâteau, plier du linge et mettre des fessées à son bébé qui a « fait un caprice ». Ou encore, l’aventure d’un petit garçon polisson qui se fait gifler par sa mère, pour son bien, évidemment. Quel message reçoivent alors les enfants et les parents ? À quoi préparent ces livres, quel terrain cultivent-ils ? Malheureusement, depuis qu’il existe des livres pour enfants, les histoires de violence éducative ne manquent pas à l’appel. Toutes ces situations ont pour but de mettre en garde les petits sur ce qui pourrait leur arriver s’ils sortent du rang. On pourrait dire qu’il s’agit de la « vieille école ». Mais pour qu’un changement de comportement éducatif s’installe et que la loi en vigueur soit vraiment effective, il faudrait que la société et l’État accompagnent cette loi avec de la prévention et de l’information.

Un sujet encore trop peu soutenu

Même si le sujet se fait discret et que les médias n’ont que peu relayé la nouvelle, la France a bel et bien rejoint les pays qui ont dit non aux châtiments corporels ainsi qu’aux humiliations. Néanmoins, les mentalités et les habitudes vont mettre du temps à changer. Dans le cas précis de la littérature enfantine, je n’hésite pas à aller discuter avec le personnel responsable, dans les lieux publics, afin de leur faire part de la loi et de les inviter, par notion d’éthique, à enlever des rayons les ouvrages contenant des VEO.

Loi contre les VEO2

JORF n° 0159 du 11 juillet 2019, texte n° 1 : LOI n° 2019-721 du 10 juillet 2019 relative à l’interdiction des violences éducatives ordinaires. L’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté, Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :
Article 1 – Après le deuxième alinéa de l’article 371-1 du code civil, il est inséré un alinéa ainsi rédigé : « L’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques. » Article 2 – Au deuxième alinéa de l’article L. 421-14 du code de l’action sociale et des familles, après le mot : « secourisme », sont insérés les mots : « à la prévention des violences éducatives ordinaires ».

Pour un avenir plus doux

C’est en banalisant les situations dans des livres pour enfants, qui semblent si mignons avec la rondeur de leurs dessins et leurs couleurs pastel, que la violence devient évidente. Aussi anodin que cela puisse paraître, en réalité c’est aussi par le biais des histoires que nous lisons à nos enfants que nous créons le monde d’aujourd’hui et que nous préparons celui de demain. Il ne faut pas accepter ces propos sous prétexte qu’ils ont été édités. N’hésitons pas à faire valoir les droits des enfants en toutes circonstances.


https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000038746663&categorieLien=id
2 Ibid.

Pour aller plus loin :

Association nationale contre les violences éducatives ordinaires : http://www.oveo.org et http://stopveo.org

9 Commentaires

  1. Je suis bibliothécaire spécialisée en littérature jeunesse et vos propos m’effraient, quels sont les titres de ces ouvrages qui vous font si peur? Merci

      • Quid des contes? Viol, inceste, dévoration … le livre n’est-il pas le meilleur vecteur pour expliquer? Je vous conseille l’excellent ouvrage » la littérature jeunesse a t-elle bon goût » collection Mille et un bébés, édition Eres! Votre article déclenche bcp de commentaires de bibliothécaire sur FB! Nous luttons justement contre la littérature édulcorée! 😊

    • On ne manque pas d’occasion d’en faire ! Mais bien sur tout les expériences ont leur lot de bons côtés, je suis absolument d’accord 🙂

  2. Je doute que la censure apprenne quoique ce soit aux enfants.
    Au contraire, un parent anti VEO pourrait tout à fait lire des albums où les enfants ne sont pas bien traités tout en verbalisant ce que lui aurait fait à la place ou expliquant que ce qui a été fait dans l’album est interdit ou fait du mal à l’enfant…
    La littérature enfantine devrait pouvoir parler de tout pour ouvrir le dialogue avec les enfants, à mon sens…

  3. Bonjour,
    J’ai également été assez contrariée par votre article, qui me semble passer à côté de sa cible.
    Je pense, comme vous, qu’il faut lutter contre les VEO, mais j’ai du mal à voir ce que leur représentation en littérature jeunesse peut avoir de problématique.
    Cela me fait un peu le même effet que si vous disiez que pour luter contre l’inceste il faut censurer le film Festen ou pour lutter contre les tueurs en série censurer la série Dexter.
    Bref, j’ai étayé un peu plus ma pensée et j’ai écrit un article en réponse au votre, vous pouvez le consulter ici: https://www.litterature-enfantine.fr/2021/05/02/litterature-enfantine-et-veo/

    • Bonjour,
      Je comprends votre réticence vis-à-vis de la notion de censure et ce n’était pas le propos de mon article. L’idée était de partager un témoignage, une réflexion sur les conditionnements induits par des banalisations qui interviennent dès le plus jeune âge. Je vois que certains pays, comme la Suède, qui fait un travail pour accompagner et informer la population, notamment à travers des documents (livres, films, etc.) dans lesquels elle communique sur les dangers des violences éducatives tout en proposant autre chose, sont des pays où les violences faites aux enfants restent vraiment bien moins présentes que chez nous. Voir le film ” Même qu’on naît imbattable” https://www.imbattables-lefilm.com/ (résumé: https://lesprosdelapetiteenfance.fr/bebes-enfants/psycho-pedagogie/meme-quon-nait-imbattables) Banaliser la violence faite aux enfants dans des livres tout mignons me dérange mais ce n’est que mon avis personnel et ma sensibilité que j’exprime ici. Et oui, bien sûr, les parents devraient être capables d’expliquer les dangers de tels messages à leurs enfants mais malheureusement, avec cette propagande insidieuse, beaucoup de parents eux-mêmes ont été éduqués à trouver cela normal et ils répètent le schéma de domination adulte dont ils sont imprégnés. Alors je ne prône pas la censure mais juste un éveil des consciences et un changement de regard vis-à-vis de cette banalisation, qui me semble très dangereuse. Quand je parle de protéger nos enfants, je parle de les protéger des violences qui pourraient leur être faites. En banalisant cela dans les livres, les enfants se disent alors que c’est normal de vivre des violences en tant qu’enfant et pour moi cela est grave, c’est la porte ouverte vers de terribles situations. Mais c’est un grand sujet je l’avoue, et peut-être que de l’avoir traité en quelques lignes n’a pas permis que mon propos soit bien compris de tous. Bien à vous.

      • Bonjour,
        Merci pour votre réponse. Si vous le souhaitez, je vous invite à regarder les commentaires sur mon blog, dont certains vont dans votre sens, au moins en partie.
        L’un d’entre eux (qui émane d’une de mes collègue et amie) pose la question de l’imaginaire créé par la littérature enfantine et cela me semble effectivement pertinent et rejoins vos propos.
        Je reste vraiment dérangée par certains mots que vous employez, d’abord quand vous parlez de “livres tout mignons” j’ai le sentiment que c’est une vision extrêmement réductrice de la littérature enfantine, c’est comme parler de cinéma avec pour seul prisme les comédies romantiques par exemple.
        Et puis vous parlez de “propagande insidieuse” et là je crois vraiment que vous prêtez aux auteurs des intentions qui ne sont pas les-leurs.
        Enfin, je suis convaincue que si la littérature enfantine contribue effectivement à façonner l’inconscient collectif et a donc une responsabilité à assumer, la lecture d’ouvrages “problématiques” ne met pas les enfants directement en danger.
        Si vous souhaitez poursuivre cette discussion en privé, n’hésitez pas, vous pouvez me contacter par le formulaire de contact de mon blog.
        Je vous fais la promesse que, le cas échéant, le ton de la discussion restera cordial 😉

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