© Sandrine Silvestre
S’il y a une chose que l’on apprend en devenant parent, c’est que plus l’on anticipe, moins l’on a la garantie que le scénario fantasmé se réalise. Nous aurons beau nous préparer en lisant, en questionnant l’entourage déjà parent, afin d’éduquer nos enfants le plus sereinement et naturellement possible, force est de constater que la situation nous échappera bien souvent. Être dans le contrôle nous permet faussement de croire que l’on a prise sur les évènements qui nous entourent, en oubliant que ceux-ci interagissent entre eux. Le fameux effet papillon qui, d’un battement d’ailes, peut faire vaciller toute votre assurance. Et il faut bien l’avouer, annoncer à ses enfants qu’ils ne verront plus leurs grands-parents, parce que quelqu’un, de par le monde, ne s’est pas lavé les mains, est pour le moins déconcertant. À moins d’être scénariste de science-fiction, il y avait peu de chance de se sentir un jour concerné.

Oui, mais voilà...

Le vendredi 13 mars 2020 nous a fait l’effet d’un mauvais canular : à compter de la semaine suivante, le pays tout entier serait confiné, afin d’empêcher un virus de se propager. Le pays s’est divisé : ceux qui pouvaient ou non se mettre au vert, ceux qui soutenaient ou non le monde des « Invisibles » en les applaudissant. Les inégalités se sont creusées et des parents, de tous côtés, se sont demandé comment occuper leur enfant, en perdant tout repère de temps (quid du week-end, des vacances ?). À la télévision, sur les chaînes d’information en continu, se sont succédé des experts qui disaient tout et son contraire, laissant la population démunie... Certains y ont vu le début d’un renouveau, la nature reprendre ses droits, une vie de famille retrouvée sans le stress d’un quotidien orchestré à la seconde près, quand d’autres se sont sentis dépassés par une charge de travail supplémentaire difficile à gérer, parfois seul.e. Dans cette situation inédite, il a fallu s’adapter, trouver les mots pour expliquer à nos enfants des décisions, parfois contradictoires, prises par un gouvernement. Dès lors, la sphère politique, abstraite pour les plus jeunes, s’infiltrait dans le cadre intime du milieu familial. Expliquer donc, que par précautions sanitaires, ils ne pourraient plus voir ni famille ni amis, de peur de les contaminer ou de l’être soi-même. Ils n’iraient plus à l’école, ne joueraient plus dans les parcs, ne pourraient plus aller à la mer ou se balader en forêt. Ils seraient coupés de tous liens extérieurs à leur lieu de vie, pour le bien de la communauté. Ces liens, pourtant enjeux majeurs dans la construction de soi, aux dires des instances de la Petite Enfance, étaient devenus potentiellement dangereux. Faire ses courses avec un enfant devenait un non-droit, d’autant plus s’il éternuait ou toussait fortement dans les files d’attente. Des enfants devenus ostracisés, à qui l’on demandait de ne plus sortir ou de ne rien […]

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