© Clémentine Durand

Le système français n’est pas réputé pour sa pédagogie, c’est peu de le dire. Entre le stress des contrôles, les journées de neuf heures, les devoirs et les réformes qui n’en finissent pas, les élèves n’en peuvent plus et perdent confiance en eux.

On pourrait penser que les notes encouragent à bien travailler, mais je pense que ce n’est que rarement le cas. Les devoirs surveillés apportent énormément de stress et ne mesurent pas forcément nos capacités réelles : la panique peut tout faire oublier en un éclair. Et puis, honnêtement, la plupart du temps, on apprend par cœur pour les contrôles et tout est oublié dès que c’est terminé. En plus, ces tests angoissants nous mettent une pression de plus en plus forte : avec les réformes récentes, le contrôle continu de plus en plus important et les coefficients vertigineux nous donnent l’impression que la moindre erreur pourrait nous coûter nos futures études.
Selon moi, les notes peuvent avoir un impact négatif qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Les élèves obtenant souvent de bonnes notes peuvent avoir l’impression qu’on attend d’eux de toujours avoir d’aussi bons résultats, et vivre une mauvaise note comme un réel échec. Leur entourage prend ces notes élevées pour un fait acquis alors que ce n’en est pas un, et s’entendre dire « alors, tu n’as pas eu 20 ? », alors que l’on est déjà déçu, peut être très douloureux ; et un.e élève ayant du mal à avoir de bons résultats sera facilement démotivé.e et aura l’impression que réviser ne change rien. En plus de ça, quand on a des mauvaises notes, les professeurs ont tendance à penser que l’on ne fait pas d’effort, voire à nous rabaisser.

De plus, les notes instaurent une compétition qui peut stimuler les élèves, mais qui peut aussi vite devenir source de tensions. Combien de fois ai-je entendu quelqu’un s’exclamer « je te déteste » à quelqu’un qui avait obtenu une meilleure note ? Voir ses camarades réussir là où l’on échoue est extrêmement démotivant et, à mon avis, ne pousse pas à mieux travailler.

Une charge de travail trop élevée

Bien sûr, faire quelques exercices le soir et réviser après les cours n’est pas si compliqué ; mais les professeurs, pour une raison que j’ignore, estiment que l’on est capable de réviser leur cours une demi-heure tous les jours. Une demi-heure, ce n’est pas la mer à boire ; mais une demi-heure pour chaque cours ? On peut dire adieu à notre sommeil. Évidemment, personne ne travaille réellement chacune de ses matières aussi longtemps tous les jours ; mais je tombe des nues à chaque fois qu’un.e professeur.e nous annonce la quantité de travail que nous sommes censé.e.s fournir selon eux rien que pour une matière du tronc commun. En plus de ces attentes inatteignables, les devoirs sont répartis de manière très inégale entre les semaines : parfois on se retrouve sans rien à faire, et parfois, au contraire, on a quatre devoirs surveillés en une journée.

Une telle charge de travail mène facilement à la procrastination, non pas à cause de la paresse mais du stress. En effet, il peut nous arriver d’avoir tellement de choses à faire qui nous mettent la pression que l’on est incapable de se motiver à faire quoi que ce soit, puis on se retrouve à tout devoir faire la veille (c’est ce que j’ai fait avec cet article, ha ha ha !) ou à ne même plus faire les devoirs du tout. Ce phénomène est encore plus présent en ces temps de confinement, avec les cours à la maison : on se retrouve avec une montagne de choses à faire par soi-même ainsi qu’avec une abondance de distractions, et il est alors très compliqué de se mettre au travail.

Un système élitiste

En France, la voie générale est un peu la voie « par défaut ». Ainsi, elle est devenue en quelque sorte une norme que tout le monde suit, et on propose éventuellement une voie technologique/professionnelle à ceux qui n’y arrivent pas. Or ces voies sont méprisées en France : il paraît presque inenvisageable pour un.e « bon.ne élève » d’en choisir une. Pourtant, elles pourraient mieux convenir à de nombreuses personnes, mais elles sont considérées comme étant destinées aux plus mauvais ; cela nous incite à rester dans la voie générale, peu importe nos projets d’avenir. Ce mépris est probablement dû au fait qu’en France, on estime que le plus important est la théorie et qu’il faut connaître énormément de choses par cœur (vive l’Éducation nationale) ; en tout cas c’est ce que j’ai déduit du programme d’histoire-géographie. Le problème, c’est que tout le monde ne peut pas faire ça ; mais comme la voie générale est idéalisée, tout le monde essaie quand même. Même des personnes sachant exactement ce qu’elles veulent faire plus tard choisissent cette voie parce qu’on ne leur propose pas vraiment de faire autre chose. Alors quelqu’un à qui ce système ne conviendrait pas se retrouverait fortement incité à le suivre malgré tout, probablement même par ses parents, sous prétexte que c’est la « norme ».

Un futur tout tracé

Aujourd’hui, on nous demande de connaître nos projets d’avenir et de nous spécialiser de plus en plus tôt. Si la précédente version du baccalauréat nous laissait le choix entre trois filières très différentes mais tout de même relativement générales, la récente réforme a tout chamboulé : on attend de nous de savoir dans quel domaine on veut travailler exactement et ce dès la seconde, et une fois nos matières principales choisies, il est presque impossible de changer : on doit s’y tenir jusqu’au bac, et les professeurs nous répètent sans arrêt que c’est un choix décisif. Si personnellement, j’ai su très vite quelles matières je voulais choisir, j’ai plusieurs ami.e.s qui ont eu beaucoup de mal à se décider ou qui regrettent leur choix.

Comment résister à cette pression ?

Si le système scolaire nous prend tout notre temps et nous fait perdre confiance en nous, c’est probablement qu’il faut revoir nos priorités. Il nous faut apprendre à arrêter de nous comparer aux autres et à ignorer les commentaires négatifs : une mauvaise note de temps en temps, ce n’est pas un drame (note à moi-même : je devrais suivre mes propres conseils). Et pour ce qui est de s’organiser dans son travail, faire un planning en avance et s’y tenir est très efficace ; ainsi, même sans motivation, il est plus facile de se forcer à faire quelque chose. Cela permet de ne pas avoir à tout faire au dernier moment en paniquant (oui, j’ai encore cinq cours de philo à rattraper pour demain). En tout cas, le principal, c’est de ne pas se laisser abattre quand on n’arrive pas à faire quelque chose ; si la situation devient vraiment trop stressante, on peut toujours faire une pause et se distraire, penser à autre chose pour ensuite se concentrer à nouveau, repartir du bon pied (de toute manière, je ne pense pas qu’on puisse bien travailler en étant trop angoissé). Cependant, à mon avis, il est impossible de se soustraire à la pression de notre système scolaire : certes, on peut la diminuer, mais n’importe quel.le élève y est sujet.te. Il faut donc tenter d’apprendre à vivre avec cette pression sans la laisser devenir trop étouffante, et apprendre à accepter de ne pas être toujours parfait.e., même si, je le reconnais, c’est bien plus facile à dire qu’à faire.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.