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La joie est une des émotions de base identifiée depuis très longtemps par les premiers philosophes comme Platon et Aristote. Les ressentis physiques et leurs conséquences sur notre psyché sont interrogés depuis plusieurs millénaires, modifiant la perception que nous en avons et recherchant sa finalité. Dès l’Antiquité, Platon (427-348 av. J-C) tente de définir la joie. Elle est nommée « passion » et est listée avec d’autres émotions comme la colère, la peur, le chagrin. Pour lui, la joie est un enthousiasme similaire à celui ressenti grâce à l’inspiration. Plus tard, elle sera qualifiée par Aristote, qui donne une première définition des émotions, comme « sentiments qui changent l’homme de façon à affecter son jugement et qui sont accompagnés par la souffrance ou le plaisir1 ». Ce qui intéresse à l’époque les penseurs, ce sont les conséquences des émotions sur la raison et leur rôle dans l’atteinte du bonheur et de la sérénité. Il semble que des traces de réflexion sur les émotions et la joie apparaissent également en Asie au début de notre ère. En Inde, le terme sanskrit rasa qualifie une émotion suscitée par une œuvre d’art (littérature, théâtre, peinture, musique…). Ce mot signifie littéralement « jus », « sève », et par extension « goût ». Les rasa sont au nombre de huit ou neuf (l’amour ou l’attirance, le dégoût ou l’aversion, la joie, la colère, la tristesse ou la douleur, la peur, la tristesse, l’émerveillement et la sérénité) dans la tradition esthétique indienne.

Vers un contrôle de la manifestation des émotions

Jusqu’au 19e siècle, ce sont surtout les courants philosophiques et artistiques qui s’intéressent aux émotions. La période médiévale et l’avènement du christianisme en Occident tendent à accroître le contrôle sur les émotions et leurs manifestations. À cette époque, les écrits qui les étudient sont majoritairement pastoraux. Un lien se crée entre les émotions et les notions de « bien » et « mal », ou encore du « vice » et de la « vertu ». Les codes sociaux commencent à apparaître, dictant une méfiance et une mesure de certaines émotions. Elles sont utilisées pour gouverner, pour rendre la justice et ont des fonctions sociales précises. Leur démonstration répond parfois à une « logique sociale parfaitement rationnelle, et où la sincérité du ressenti est même exigée comme preuve de la légitimité des valeurs revendiquées2 ». Ainsi, les manifestations de joie sont souvent collectives et ritualisées autour de fêtes comme les feux de la Saint-Jean (24 juin) ou de célébrations de l’amour de Dieu. Mais, pour Jules Michelet3, ce n’est clairement pas l’émotion qui domine cette époque de notre histoire. Plus tard, Descartes (première moitié du 17e siècle) s’intéressera à l’aspect cognitif des émotions. En effet, il considère que la connaissance des mécanismes automatiques induits par les situations émotionnelles vont pouvoir permettre l’analyse et la maîtrise de ce qu’il appelle les « passions […]

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