© Jenny Balmefrézol
C’est dans l’air du temps : les pédagogies « alternatives » ont la cote auprès des parents. Les méthodes Montessori et cetera sont depuis quelques années médiatisées, vendues dans des écoles privées comme le renouveau éducatif que les parents attendaient, avec des enfants plus épanouis, des enseignants plus compétents, de quoi donner envie d’avoir 8 ans à nouveau… On nous les vend même en coffret1. Parmi toutes les pédagogies à la mode, l’une que l’on trouve assez communément en France est la pédagogie institutionnelle. Si le nom, moins sexy, ne la met pas toujours sur le devant de la scène, elle a pourtant de nombreux attraits. Mais les enfants, qu’en pensent-ils ?

Un peu d’histoire

C’est dans les années 1950 que Fernand Oury va mettre au point cette pédagogie nouvelle, se fondant sur la psychanalyse de son époque et les recherches de Célestin Freinet2. Il est influencé par Lacan, Dolto et Freud, dont les théories lui permettent d’établir un fonctionnement de groupe basé sur le relationnel. Cette pédagogie repose alors sur trois principes fondamentaux, que Oury appelle « la théorie du trépied » : la dynamique de groupe, la production chez l’enfant (correspondance entre élèves, travail individualisé, journal…), et enfin la psychothérapie institutionnelle. Mais qu’entend-il par « institutionnelle », en clair ? Qui dépend d’institutions. Mais lesquelles ? Fernand Oury écrit : « Qu’entendons-nous par ‘‘institutions’’? La simple règle qui permet d’utiliser le savon sans se quereller est déjà une institution. L’ensemble des règles qui permet de définir ‘‘ce qui se fait et ne se fait pas’’ en tel lieu, à tel moment, ce que nous appelons les lois de la classe, en sont une autre ». C’est donc une pédagogie qui apprend à l’enfant à fonctionner en société, c’est-à-dire à suivre des règles édictées et à rendre compte de sa conduite s’il les transgresse, à prendre part à la vie de la classe notamment en travaillant et en se faisant payer, à devenir acteur de l’apprentissage comme on est acteur de sa vie d’adulte.

De la théorie à la pratique

Quand on demande aux écoliers de Gignac3 fonctionnant en pédagogie institutionnelle s’ils aiment l’école, la réponse positive fait place, chez Gaia, 4 ans, à une petite précision : « J’aime y aller pour jouer et faire du travail ». En CP, Alicia nous avoue : « J’aime faire du travail. J’aime me faire payer. » Concrètement de quel travail parle-t-on ? Amélia, 6 ans, nous explique : « Moi je suis responsable des gobelets pour le goûter, c’est mon métier et parce que je le fais bien, je suis payée. » Payés dans une monnaie « propre à la classe, que les élèves choisissent en début d’année », nous précise la directrice de l’école. D’un côté, l’apprentissage de la vraie vie, du monde d’adultes dans lequel nous vivons et des parents heureux de voir leurs enfants plus […]

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