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Nul ne sera surpris de lire que les questions de parentalité touchent majoritairement les femmes. C’est un fait, l’éducation des enfants revient le plus souvent aux mères dans l’esprit collectif, et toutes les ressources en parentalité, les livres, les magazines, les émissions, s’adressent à un public essentiellement féminin. D’ailleurs, le lectorat de Grandir Autrement est en grande majorité composé de femmes…

Pourtant, les hommes ont un rôle à jouer au sein de la famille et nul ne le nie. Le problème, c’est que ce rôle est extrêmement stéréotypé. On lit ainsi partout que le père est le séparateur : il brise la dyade mère-enfant, il ouvre le bébé au monde extérieur. Il est aussi considéré comme celui qui amène l’enfant à se dépasser car il le couve moins et il incarne souvent une autorité plus forte que celle de la mère. Il est aussi un compagnon de jeu, l’image du papa joueur est fort récurrente. Si on reprend ces caractéristiques que l’on retrouve dans nombre de documents sur la question, on peut vite les remettre en question. Pourquoi insister sur ce rôle de séparateur, pourquoi ne pas se positionner en tant qu’accompagnateur de la dyade mère-enfant ? On retrouve cette nécessité d’avoir des enfants « autonomes » dès le berceau. « Attends chérie, je coupe le cordon et tu verras, dans un an il prend un appart’ ». Et cette question de l’autorité paternelle qui s’opposerait à une douceur et un laxisme maternels… Là aussi, on remet en cause ce lien mère-enfant qui serait trop « doux » et on essaye d’y instiller un peu de fermeté voire de dureté. Quant au papa joueur, on ne peut s’empêcher de penser au papa qui profite de ses enfants dès qu’il le peut car trop absent la plupart du temps à cause de son travail, et qui fait une partie de foot avec sa progéniture pendant que sa compagne prépare le repas… Cliché, peut-être, mais tout de même fort vrai pour de nombreuses familles. De plus, en enfermant le père dans ce rôle, on enferme la mère également dans le rôle de la maman qui materne la famille entière (y compris le père), tout ceci dans la douceur bien évidemment. Or, dans la réalité, si les mères ont effectivement une place très importante dans la tenue du foyer et le soin apporté aux différents membres de la famille, elles n’apportent pas toujours la douceur qu’elles voudraient pour la simple et bonne raison qu’elles croulent sous une charge mentale extrêmement lourde : pour être doux et bienveillant avec les autres, il faut déjà pouvoir l’être avec soi-même, ce qui peut être difficile quand on ne dispose même pas de deux minutes dans la journée pour prendre une douche. C’est là que les pères interviennent et ont leur place à prendre.

L’infantilisation des hommes

Quand on regarde un peu autour de soi, on peut constater que dans les familles où la mère est « toute-puissante » et dominatrice, le père est considéré comme l’un des enfants. Il est, comme les enfants, une personne dont il faut « s’occuper », à qui on va préserver des temps libres alors qu’on n’en a pas, à qui on va éviter telle tâche ménagère car après une journée de boulot il a bien le droit de se reposer, etc. Il est aussi celui à qui on ne va pas demander de s’occuper des enfants quelques heures pendant qu’on sort avec une amie car il ne sait pas « gérer ». Ce sera aussi celui à qui une remarque est faite dès qu’il prend l’initiative de s’occuper de son bébé parce que « ce n’est pas comme ça qu’on fait ». Bref, vous avez saisi le tableau. Alors bien sûr, cette description est poussée à l’extrême, et bien évidemment nous décrivons là une famille où la mère est clairement dominatrice. Mais on peut cependant facilement reconnaître que dans la plupart des familles, même celles qui connaissent un certain équilibre entre les parents, les mères ont tendance, bien involontairement, à infantiliser leur conjoint ou, s’il a tendance à avoir déjà ce type de comportement, à le laisser continuer dans cette voie, l’empêchant ainsi de prendre totalement sa place de père. Car être père, ce n’est bien évidemment pas que jouer avec les enfants de temps en temps. C’est changer les couches (si couches il y a), donner le bain, porter, consoler, écouter ses enfants, danser avec eux, les nourrir, et c’est aussi leur montrer que Papa participe à la vie de la maison en cuisinant, en faisant le ménage, la lessive… C’est en imitant qu’on apprend, et si nous souhaitons évoluer vers une société moins sexiste, il faut donner l’exemple.

Théorie versus réalité

© Tiphaine Malfait

Bien sûr tout n’est pas si simple. Beaucoup de pères ont un travail à temps plein, et peu de temps pour voir leurs enfants et s’acquitter des tâches ménagères. On pourra rétorquer cependant que beaucoup de mères aussi et pourtant elles réussissent à faire en sorte que l’univers familial continue de tourner… Quoi qu’il en soit, l’important est, quelle que soit la situation, de trouver un équilibre qui permette au père de prendre sa place, sans se préoccuper des préconisations psychologisantes qui sous-entendraient que les pères sont faits pour telle ou telle occupation. Créer des rituels, des moments spéciaux chaque jour avec Papa (par exemple l’histoire du soir) est un bon moyen d’intégrer le père au quotidien des enfants. Ainsi, même si Papa a été absent toute la journée, les enfants savent avec certitude que le soir, ils vont dîner avec lui et lui raconter leur journée, ils vont mettre leur pyjama avec lui, lire un livre ensemble, etc. Le père est ainsi un élément fondamental de leur journée, ils n’ont pas avec lui un moment « volé » mais bien un moment consacré et immuable.
« Il ne s’implique pas »
Malheureusement, beaucoup de mères trouvent leur conjoint absent des problématiques parentales, que ce soit dans les actes ou même dans la réflexion sur les directions à prendre dans les choix d’éducation. Parce que s’impliquer dans la vie familiale, ce n’est pas que participer aux choses du quotidien mais aussi participer aux décisions à prendre, se questionner sur les chemins à emprunter, proposer… Or, dans beaucoup de familles, la mère est le moteur du couple parental. C’est flagrant quand on navigue sur la toile et qu’on lit des blogs qui parlent de parentalité, on parle d’ailleurs surtout de blogs de « mamans », les blogs de « papas » étant beaucoup plus rares. C’est en effet, souvent dès la grossesse, la maman qui va se questionner et se renseigner, lire, réfléchir à la façon dont elle souhaite accueillir puis accompagner son enfant. Et il arrive malheureusement que le père suive très passivement le chemin tracé par la mère. « On fait comme tu veux, c’est toi qui gères ». Pourquoi cette passivité ? Pourquoi ce choix de déléguer ? Si beaucoup de pères ont délaissé la posture du paternel autoritaire (et tant mieux), il ne faut pas que cela soit au profit du père absent ou passif. Et ce n’est pas parce que, dans beaucoup de familles, la mère passe plus de temps avec les enfants que le père que ce dernier n’a pas son mot à dire sur le mode d’éducation choisi. Alors certes, il est possible que certaines mères ne laissent pas de place aux pères, mais beaucoup aimeraient les voir s’impliquer : il ne tient qu’à eux d’entrer dans un univers aujourd’hui essentiellement féminin et d’y apporter leur touche masculine.

Avancer ensemble

La parentalité est un chemin difficile. Contrairement à ce que pensent certains, être mère ne revient pas à avoir la science infuse dans l’art de s’occuper des enfants. Pourtant, beaucoup de pères se retranchent derrière le fameux « instinct maternel ». Or, qu’elle ait l’instinct maternel ou pas, une mère n’est pas forcément mieux armée qu’un père devant un nourrisson qui pleure sans qu’on réussisse à le calmer ou devant un bambin piquant la colère du siècle. Certes, elle peut avoir certains outils que le père n’a pas (l’allaitement, par exemple), mais elle fera face aux mêmes difficultés que lui en ce qui concerne la gestion de ses propres émotions (comment ne pas craquer) et la recherche de solutions pour désamorcer la situation. Puisque les enfants se font à deux et qu’il est idéal que les parents, s’ils ne font pas toujours de la même façon, soient d’accord sur certains principes de base, il est bien que dès la grossesse et tout au long de l’enfance le couple discute de la façon dont il souhaite accompagner ses enfants. Ensuite, il est important que les parents soient, là aussi, deux à assumer les choix qui sont faits, même si chacun le fait à sa mesure, en fonction de ses disponibilités de temps et d’esprit, de son histoire, de ses blessures. Ainsi, il est évident que nous aurons plus ou moins de mal à garder notre calme face à une colère de notre bambin, mais l’important est, pour chacun, de faire de notre mieux pour être à l’écoute de notre petit et de ses émotions.

On ne veut pas d’un papa parfait

Aujourd’hui, les hommes subissent la même pression que les femmes : ils doivent avoir un travail épanouissant (et idéalement lucratif), une belle épouse, une belle famille, des loisirs qui font rêver et être de super papas avec leurs enfants, celui qu’on voit dans les publicités, avec un grand sourire et des enfants radieux… Être un père investi, ce n’est pas se transformer en personnage de publicité. C’est être présent chaque jour avec ses imperfections. Il ne s’agit donc pas d’être le « meilleur papa du monde », il s’agit d’être simplement un père présent pour sa famille, acteur, qui accompagne ses enfants du mieux qu’il le peut, en confiance, tout en travaillant sur lui-même comme tous les parents qui souhaitent évoluer avec leurs enfants et vivre avec eux dans la bienveillance. Ce qui peut, reconnaissons-le, être difficile, car beaucoup de jeunes pères aujourd’hui n’ont pas de modèle auquel se raccrocher. Ils n’ont pas forcément eu un modèle paternel dont ils souhaitent s’inspirer. Ce peut aussi être le cas pour les mères, bien évidemment, mais il est vrai que dans toutes les sociétés, la figure de la mère est ancrée, et même si on n’a pas eu une mère très présente, on peut se raccrocher à cette figure « idéale ». C’est plus compliqué pour les hommes qui, depuis quelques années, doivent se réinventer, trouver leur place dans une famille où ils souhaitent incarner plus que la virilité, les ressources financières et une autorité ferme.

Pas à pas

Pour trouver sa place dans la famille, devenir le père investi que l’on souhaite devenir, il faut déjà être indulgent avec soi-même et accepter de tâtonner. Quant aux mamans, elles doivent être vigilantes à laisser leur compagnon prendre sa place sans le reprendre sur sa façon de faire, et même en osant le laisser gérer des situations difficiles sans chercher à intervenir à chaque fois. Car si une intervention maternelle pourrait en effet désamorcer rapidement la situation, elle empêcherait le père de trouver ses propres solutions, qui ne sont pas forcément les mêmes que celles de la mère, mais sont peut-être tout aussi (voire plus) efficaces. Contrairement à ce que la société véhicule souvent, les mères ont aussi à apprendre des pères !

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