© Jenny Balmefrézol-Durand
Bien souvent, en Occident, nous appréhendons la mort de manière négative. Elle est une séparation douloureuse, une rupture d’équilibre, une injustice. Cela semble être la manifestation de la souffrance qui est notre lot. Le chagrin qui nous envahit alors ne serait-il pas induit par notre culture ? Y a-t-il des personnes et des peuples pour lesquels la mort est perçue autrement ? La mort est-elle à craindre? Si la réponse est complexe et discutable, il semblerait, d’après les historiens, que les Incas, pour leur part, l’aient toujours acceptée avec sérénité car, c’est une évidence, elle est une conséquence naturelle de la vie. Comme pour refermer le cercle de la vie, les Incas mettaient les corps des morts en position fœtale. Sur les flancs des montagnes qui parsèment le Tana Toraja, des trous magnifiquement sculptés dans la roche font office de caveaux familiaux. Alors qu’en Occident on s’empresse d’enterrer les morts, par respect et par tradition, sur cette île, les défunts font partie intégrante de la vie quotidienne. La mort n’impressionne pas. En attendant que des funérailles soient organisées (parfois des semaines, des mois ou même des années plus tard), les familles gardent les défunts chez eux et s’en occupent comme s’ils étaient impotents. Pour eux, cette coexistence n’est en rien morbide. Pour de nombreuses personnes, le simple fait de parler ou d’évoquer la mort provoque de l’inconfort. Pour les habitants de cette communauté, la mort n’est pas taboue, bien au contraire. Ils la vénèrent et la ritualisent. Selon la croyance taoïste, la véritable liberté spirituelle consiste à comprendre la nature de la mort et à pouvoir vivre sans la craindre. Dans le bouddhisme, la mort ne s’oppose pas à la vie mais se définit comme un processus inverse de celui de la naissance. Cette conception, caractéristique d’une vision spirituelle de l’existence, s’ancre profondément dans une réflexion sur la condition humaine et la possibilité de s’affranchir de la souffrance.

Le retournement des morts

Les morts, d’après les croyances malgaches, protègent des mauvais sorts et des malédictions. À Madagascar, les défunts ne sont pas laissés dans leurs tombeaux sans visites... Sacralisés, vénérés, il font l’objet de rituels. Régulièrement, des foules se réunissent durant l’hiver austral pour pratiquer la grande cérémonie de retournement des défunts : la Famadihana. Chants, danses et festins, cette fête peut durer ainsi plusieurs jours. Ce rituel consiste à renouveler le suaire du trépassé. La famille du mort ouvre le tombeau, le corps est exhumé et déposé avec précaution sur une natte traditionnelle (qui fera par la suite office de porte-bonheur). La dépouille est soulevée et la foule l’emporte pour une danse. Ensuite, le corps est déposé au sol, la foule se presse autour de la dépouille, la touche, la câline, les proches y glissent des photos, de l’argent et autres offrandes. Enfin le corps est enveloppé dans un nouveau voile et repart au calme de sa tombe pour quelques années.

Selon le bouddhisme

D’une vie à l’autre, nous expérimentons la loi du […]

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