© Jenny Balmefrézol
Enfant, j’aimais jouer et écouter des histoires. Plus tard, je suis devenue orthophoniste, cela m’a amenée à considérer ces phénomènes naturels comme des médiations. J’ai alors beaucoup creusé la question à travers des lectures, cours, conférences ; j’ai ensuite cherché dans ma pratique professionnelle à vérifier la valeur de ces outils, à analyser les effets de leur utilisation sur la construction du sujet et de son langage, à les expérimenter dans divers cadres thérapeutiques.Progressivement, au contact des enfants, j’ai constaté que certains cadres étaient plus limitatifs que porteurs, que les attentes et interventions pouvaient réduire les possibles autant que guider. J’ai alors commencé à proposer des séances plus longues, pour laisser le temps à chaque enfant de choisir entre dessiner, parler, jouer aux Lego®, sortir un jeu de société, se déguiser… J’ai observé : chaque enfant trouvait son chemin, sa façon d’utiliser tel jeu ou d’en inventer tel autre pour parvenir à aborder telle compétence, qui était justement celle qui lui faisait défaut. C’est alors que je me suis souvenu qu’enfant, je jouais pour le simple plaisir de jouer, et que je n’aurais pas aimé que quelqu’un intervienne pour en décider autrement !

Ne pas déranger s’il-vous-plaît

Le constat était clair : les connaissances, intentions et interventions, aussi louables soient-elles, peuvent déranger. J’ai donc créé La Lisière1, un lieu de jeu ouvert à tous, avec ou sans problèmes, scolarisés ou non, sans autre but que de permettre aux enfants de jouer librement. Cette aventure a débuté il y a quatre ans. Aujourd’hui, certains enfants viennent seuls avec moi, d’autres avec leurs parents, et un petit groupe de sept enfants se retrouve deux jours par semaine. J’ai également des échanges hebdomadaires avec chaque parent. Pourquoi ? Que pouvons-nous avoir à nous dire alors qu’il s’agit simplement de laisser jouer les enfants ? Beaucoup de choses, parce que le jeu n’est pas un divertissement, c’est un outil d’auto-construction. C’est là toute la nuance : considérer le jeu avec sérieux, le respecter, ne pas le déranger, se retenir, sans pour autant laisser l’enfant livré à lui-même sous prétexte de non-intervention. Nous, adultes, sommes habitués à séparer les choses : le temps du travail et celui du jeu, le travail dans le silence (et le jeu dans le bruit ?), « ne me dérange pas je travaille » (je me détends, tu peux me déranger ?), « c’est essentiel de laisser jouer les enfants, mais vous leur enseignez aussi les bases ? ». Aucun enfant ne se pose ce genre de questions, à moins qu’on ne les lui ait inculquées. Tous les enfants qui viennent à La Lisière, dont certains n’ont jamais été scolarisés, savent lire et écrire, je n’ai jamais organisé de leçons. En revanche nous lisons beaucoup d’histoires, nous en inventons aussi, nous nous intéressons à divers sujets, nous cherchons des informations. Lorsqu’un enfant veut écrire un message, il découvre qu’il y a un code, et je veux bien lui en donner les […]

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