© Jenny Balmefrézol-Durand
D’une femme qui accouche, on dit couramment qu’elle « donne la vie ». Cette vie, que l’on a initiée à deux et qui s’est développée pendant plusieurs mois avant de se concrétiser le jour de la naissance, nous donne un nouveau statut : de femme on devient mère, d’homme on devient père et, ce faisant, on prend conscience, de manière accrue, de notre capacité à créer la vie, mais aussi de la réalité de notre mort et de celle de l’enfant à qui l’on vient de donner la vie. Nous découvrons la peur de perdre notre enfant, en acquérant la conscience de sa propre fin. Lorsqu’on devient parent, qui plus est pour la première fois, on endosse soudainement la responsabilité de l’existence d’un autre être humain. C’est une situation et un sentiment inédits, dont la prise de conscience peut être vertigineuse, ainsi qu’en témoigne Sarah : « J’avais beau y avoir pensé pendant la grossesse, je n’ai vraiment pris conscience de la responsabilité qui m’incombait qu’au moment où j’ai tenu ma fille dans mes bras pour la première fois. Elle était si petite, totalement dépendante de moi, que j’en ai éprouvé une sorte de vertige. J’étais à la fois émerveillée par le miracle qui venait de s’accomplir – j’avais ‘‘donné’’ la vie ! – et effrayée par le pouvoir de vie ou de mort que je détenais à présent sur elle. » Cela est d’autant plus vrai les premiers mois qui suivent la naissance car le bébé est alors totalement dépendant de ceux qui prennent soin de lui : il ne peut se nourrir seul, se couvrir s’il a froid, ou se dévêtir s’il a trop chaud, se rassurer s’il a peur, etc. Il est important d’en prendre conscience pour répondre à ses besoins et être à son écoute. Être inquiète – j’emploie ici volontairement le féminin, car ce sont souvent les mères qui sont dans cette écoute fine des besoins de leur bébé, surtout dans les premiers temps, mais les pères sont bien évidemment aussi concernés – pour la santé et le bien-être de son enfant est normal. Il y a même quelque chose de l’ordre de l’instinct car, en effet, si l’humanité a survécu jusque-là, c’est bien parce que notre espèce a su prendre soin de ses petits. Or les dangers étaient bien plus grands lorsque nos ancêtres vivaient dans la nature et s’abritaient dans des cavernes pour dormir. Il n’était alors pas question de laisser un bébé seul, sans surveillance, à la merci du premier carnivore venu, pas plus qu’éloigné du corps de sa mère qui seul lui permettait de ne pas tomber en hypothermie. Alors, bien sûr, le risque de se faire attaquer par un prédateur est aujourd’hui bien moindre, de même que celui de mourir de froid ; mais il n’en demeure pas moins qu’un petit humain a besoin de toute l’attention et des soins de ses parents pour vivre et pour survivre. Faire le choix du maternage proximal permet de répondre à cette nécessité de la manière la plus douce et facile qui soit : l’allaitement à la demande offre nourriture et réconfort au tout-petit sitôt que celui-ci en a […]

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