© Patrick Lecomte

Comment faire en sorte que la bienveillance devienne le prisme à travers lequel nous regardons la vie, notre environnement, l’autre, mais aussi nous-même ? Si les adultes que nous sommes s’y intéressent tout particulièrement en devenant parents et s’attachent avant tout à faire entrer la bienveillance dans leurs relations avec leurs enfants, pourquoi ne pas envisager d’aller au-delà en portant un regard bienveillant sur tout ce qui nous entoure, du simple détail aux situations les plus complexes ?

Imaginez : c’est la fin de la journée, vous êtes fatiguée, vous avez déjà eu à faire face à des milliards de choses depuis ce matin et là, vous n’en pouvez tout simplement plus. Assise sur le canapé, le petit dernier tétant goulûment votre sein pour la énième fois, sa sœur chantant à tue-tête en brandissant sa poupée maquillée par ses soins au stylo feutre, vous sentez le désespoir vous envahir en faisant le bilan de votre journée : le salon est sens dessus-dessous, vous n’êtes sortie que pour prendre le courrier et étendre une lessive que vous avez oublié de rentrer avant qu’il pleuve et… Et si nous essayions de voir les choses autrement ?

Vous êtes fatiguée : c’est normal, c’est la fin de la journée et celle-ci a été intense. Commencez par prendre une grande inspiration et accordez-vous le temps d’apprécier l’instant présent : savourez les regards énamourés de votre tout-petit qui se love contre vous ; ne ressentez-vous pas une bouffée de tendresse immédiate, tant pour lui, qui vous manifeste un attachement sans faille, que pour vous, qui lui offrez ce qu’il y a de meilleur ? Imprégnez-vous de l’attitude, positivement joyeuse, de votre fille : elle est heureuse, elle chante ; et si vous décidiez de chanter avec elle ? Quant au feutre sur la poupée, pourquoi ne pas s’en amuser et y voir la volonté de votre fille d’exercer sa créativité ? Après tout, c’est sa poupée, peut-être la préfère-t-elle ainsi ? Sinon, un simple coup de chiffon humide devrait suffire à faire disparaître les traces de crayon.

Changer de point de vue

Il ne pleut plus : si vous en profitiez pour aller passer un petit moment dehors, respirer un grand coup, profiter du soleil de fin d’après-midi qui fait une si jolie lumière ? Vos enfants pourront jouer tout en prenant l’air et vous pourrez observer ensemble la beauté de la nature, même à la petite échelle de votre jardin ou du parc voisin. Et, plutôt que de pester contre la pluie qui a mouillé votre linge, vous pourrez ainsi prendre plaisir à sauter dans les flaques, à chercher les escargots, à écouter le bruit de l’eau dégoulinant dans les gouttières.
Vous verrez que, si vous multipliez les expériences de ce genre, même si, les premières fois, cela vous demandera sans doute un effort (pour ne plus râler, pour mettre momentanément de côté les petits détails qui vous chagrinent), vous y viendrez chaque fois plus facilement et cela deviendra même, au bout d’un certain temps, tout à fait spontané.

Et, plutôt que d’énumérer tout ce que vous n’avez pas réussi à faire dans la journée, faites plutôt une liste de toutes les choses (y compris et même surtout les choses agréables, gratifiantes) que vous avez faites : je suis prête à parier que cela vous redonnera instantanément le sourire !

Par exemple, aujourd’hui, j’ai :

  • profité d’un moment, tôt ce matin, pour marcher, seule, à mon rythme, en souriant aux personnes que je croisais et en écoutant le chant des oiseaux ;
  • partagé un bon repas, préparé par mon chéri, avec nos enfants et des amis venus déjeuner avec nous ;
  • admiré l’aisance avec laquelle mon fils maîtrise un logiciel de montage qu’il a appris à utiliser seul et au sujet duquel les adultes de la maison viennent maintenant lui demander des conseils lorsqu’ils souhaitent s’en servir ;
  • préparé un gâteau au chocolat pour le goûter ;
  • avancé dans mon travail (j’ai notamment travaillé à la rédaction de cet article : même s’il n’est pas totalement terminé, il est déjà plus abouti qu’hier).

Prendre le temps de faire cela tous les jours, ou en tout cas le plus régulièrement possible, aide à considérer les choses autrement : vous savez, l’histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein…

Mettre de la bienveillance dans chacun de nos actes

Préparer le repas, plier le linge, faire des courses, raconter une histoire, participer à une réunion de travail, discuter avec une enseignante à la sortie de l’école, échanger sur l’éducation des enfants avec Belle-Maman sont autant de situations qui peuvent nous amener à adopter une attitude bienveillante.

Certaines tâches du quotidien, qui peuvent sembler rébarbatives, parce que répétitives, sont autant d’occasions d’apprécier pleinement les gestes et les attitudes qu’elles requièrent :

  • anticiper le plaisir de ceux qui dégusteront le plat que l’on a choisi de préparer parce qu’on sait qu’il est particulièrement apprécié dans la famille : sa préparation devient tout de suite plus enthousiasmante ;
  • penser aux personnes qui portent les vêtements que l’on est en train de plier, à quelle occasion ils ont été choisis ou à quels événements/périodes ils sont rattachés (tiens, la chemise qu’il portait le jour de la naissance de L. … Oh, elle est vraiment trop craquante dans cette petite robe ! Et puis sa sœur pourra la porter après elle à son tour. Ah, ce vieux T-shirt, il me suit depuis si longtemps… Est-ce que je le porterai encore quand je serai une vieille dame ?)
  • aller au marché, choisir ses fruits et ses légumes, se laisser guider par la saison, inspirer par les parfums, les couleurs, les associations qu’ils font naître en nous, goûter, commencer à imaginer comment on va les préparer ;
  • raconter une histoire en y prenant autant de plaisir que son enfant en éprouve à l’écouter ; raconter comme on aimerait se l’entendre raconter si on était l’enfant ; se glisser dans la peau des personnages, se laisser porter, emporter par l’histoire.

De même, que ce soit au cours d’une réunion, lors de la présentation d’un projet qui nous tient à cœur, à l’occasion d’une discussion, exposer et défendre son point de vue, même s’il semble à contre-­courant de celui des autres, même si les idées que l’on a envie de défendre ne coulent pas de source pour tout le monde, est une belle occasion d’exercer sa bienveillance : bienveillance envers soi, mais aussi envers les autres. Prendre le temps d’expliquer, d’argumenter, demeurer entier, tout en écoutant et respectant le point de vue des autres est en effet un exercice difficile mais ô combien satisfaisant lorsqu’on y parvient.

En bref, choisir d’être guidé par la bienveillance au quotidien permet d’apprécier pleinement même les plus infimes détails, de voir le bon côté des choses, y compris les moins séduisantes, de prendre du plaisir et de le partager, d’entretenir estime de soi et lâcher-prise. Et les enfants, comme souvent, sont d’excellents guides pour trouver et suivre le chemin !

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