Dans votre vie cher lecteur, chère lectrice, il y a un ensemble de missions, de rôles, de fonctions qui compose la réalité de votre quotidien : vous êtes parent, salarié, entrepreneur, en recherche de votre job idéal. Vous êtes une femme, un homme, une personne qui s’épanouit à la maison, en famille, au boulot, en couple, dans ses activités… et pourtant, parfois, c’est lourd. Vous voudriez pouvoir vous vider la tête, être moins fatigué.e, moins responsable… Parlons de votre charge mentale.

Cette expression de charge mentale n’est plus à présenter tant elle a fait parler d’elle grâce à la bande dessinée d’Emma parue en 20171. S’en est suivi une libération de la parole dans les médias et de bonnes discussions dans les couples. C’était parfois même un argument supplémentaire chez les féministes pour réclamer l’égalité homme-femme. Reste que cette charge mentale reflète une réalité qui a un véritable impact sur la santé des hommes et des femmes qu’elle concerne : de la fatigue, des émotions en montagnes russes, des corps qui craquent. Certes, nous pouvons réfléchir à faire autrement et cela a été l’objet de nombreux articles. Aujourd’hui, je vous propose de réfléchir avec Madame Charge Mentale2 à « comment faire avec ». Grandir Autrement l’a rencontrée3 et vous invite à faire un pas de côté pour considérer votre charge mentale autrement.
Derrière Madame Charge Mentale, c’est Patricia Mignone qui officie. Son credo, « élargir votre perspective si vous souffrez de charge mentale, pour vous aider à faire émerger des solutions à votre situation et à mener à bien le processus de changement qui vous permettra de revenir à la joie de vivre et l’amour de la vie. »

Charge mentale : quèsaco ?

Nous avons toutes une représentation de la forme que peut prendre cette charge mentale : intranquillité, agitation mentale permanente, signes du corps, sur-responsabilité, être au service de… Pour Patricia « la charge mentale est l’expression d’une souffrance bien plus profonde que des problèmes de logistique : alors qu’elle est présentée sous un angle phénoménologique, comme un problème d’intendance, je pense qu’à l’origine de la charge mentale, il y a une souffrance ontologique. Une souffrance de notre essence qui crève d’être amputée d’une partie d’elle-même du fait des croyances dont notre éducation nous a imprégnés. 
Nous nous sommes laissé convaincre que nous sommes des robots biologiques, que le réel se limite au tangible, au démontrable, au quantifiable, que nous ne sommes rien de plus qu’un corps qui, un jour, se décomposera… mais quelque chose crie, en nous. Il y a une partie de nous qui est emmurée et qui demande à être entendue. »

Un message pour nous ?

Comme toute expérience difficile, cette charge mentale susceptible de nous empoisonner nous invite à nous interroger sur nos choix, nos décisions et nos actions en conscience. Si elle nous pèse, c’est bien que nous voudrions vivre autrement. Sommes-nous des victimes ? Si nous nous positionnons comme domestique de nos proches qui ne veulent/ne peuvent rien faire, si nous agissons comme si nous étions seul.es, alors « se positionner comme victime de la charge mentale induit un bourreau », comme le précise Patricia dans notre entretien : c’est le triangle dramatique. Dans quelle mesure changer de positionnement peut-il permettre à cette charge de diminuer ? Là est notre premier axe de réflexion pour agir autrement. C’est d’ailleurs l’objet de nombreux livres4.

Faire avec… notre perception

Il y a quelques années déjà, Grandir Autrement publiait un article intitulé « Nos croyances, leur réalité »5 où nous vous partagions que « La réalité de notre vie est composée d’événements neutres auxquels nous donnons un sens automatiquement et inconsciemment. À l’origine de cette coloration de ces situations, on trouve, entre autres, nos croyances, nos mémoires, nos références familiales et culturelles ». En ce qui concerne le poids de cette charge mentale, quel est l’impact de notre perception des tâches que nous effectuons ? Patricia parle de « la question de la représentation de la tâche : certaines vont appréhender les tâches comme ressourçantes ou comme un fardeau. » À nous de choisir donc si on considère les tâches comme pénibles ou pas sachant que « ce n’est pas que ces tâches ne nous nourrissent pas, c’est parce qu’on se représente qu’elles ne nous nourrissent pas. » D’où vient cette idée que nous devons tout gérer ?

Faire avec… nos croyances familiales

Patricia examine de près l’origine de notre perception des tâches qui nous pèsent à la lumière de l’histoire familiale de chacun. Elle relève « une culture du pessimisme » où « la vie est dure ». D’où l’importance de reconscientiser pour désapprendre, pour se défaire de ces perceptions engrammées ! Faisons un pas de côté et observons comment se vivent les tâches du quotidien pour nos parents, nos grands-parents. Et si nous décidions de vivre au présent sans les considérer comme chronophages ou fatiguantes, que se passerait-il pour nous ? Grandir Autrement se fait un plaisir d’illustrer régulièrement cet adage dans ses articles, où nous sommes invités à profiter de chaque instant (même en cuisine, en mode ménage ou autre) avec nos enfants.

Faire avec… le poids du collectif

Pour Patricia, ces croyances familiales sont « lestées de croyances collectives » dont il faudrait se débarrasser aussi, en conscience. Pour cela, il est nécessaire de « prendre conscience de l’embrigadement collectif pour influencer les foules », ou quand la psychologie est mise au service de la propagande via la publicité et la culture de masse, et de voir comment notre « mythologie du bonheur, mythologie de la féminité » sont influencées, à l’exemple de « l’histoire de la mythologie de la féminité où sont associées une description du physique et une réduction des femmes à leur fonction biologique ». Pendant longtemps, « la mission de vie d’une femme c’est être au foyer, servir son mari, s’occuper de son enfant. Cela a rendu folles les femmes tellement elles vont à l’encontre de leur vie. » Il reste un fond de cette injonction biologique malheureusement et il y en a sans doute bien d’autres qui nous conditionnent et nous enferment dans une vision qui noircit notre quotidien où la charge mentale n’est finalement qu’un « résidu de cette pression sociétale ».

Transformer la charge mentale : pour une transition écologique

« Il y a un cadeau, un apprentissage derrière chaque épreuve. » Quel sera celui de l’après-confinement ? Quel rapport me direz-vous ? Patricia est très claire : « La transition6 écologique sera rendue possible parce que les gens transitionnent au niveau individuel ». À quoi nous invite la charge mentale ? À prendre soin de nous, à plus d’amour de soi. D’où l’importance de s’aimer, de s’accepter telle que notre histoire nous a faite. « Et nous ne sommes pas le bilan de notre histoire : tu choisis qui tu veux être à chaque instant. »


https://emmaclit.com/2017/05/09/repartition-des-taches-hommes-femmes
2 https://madamechargementale.com
3 Notre entretien au complet : https://amaorire.com/chargementale 
4 Relax, j’arrête d’être une mère parfaite, 9 semaines pour alléger la charge mentale, Florence et Mazarine Vertanessian de Boissoudy, Éditions Jouvence (2019).
5 Grandir Autrement n° 67 « Nos croyances, leur réalité : quelles conséquences pour nos enfants ? »
6 Patricia organise le Sommet du féminin en transition chaque année. Pour l’édition 2020, c’est ici : https://tribu-zen.com/academie-du-changement-parcours/sommet-de-la-transition/?ref=3

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