© Amélie et Hanaë

Dans ma dernière chronique, je vous parlais de cette étude montrant que la quantité de câlins reçus par un bébé influait sur son ADN. Eh bien, aujourd’hui, on va encore parler ADN !

On savait déjà, grâce à l’apport des neurosciences et plus précisément de l’imagerie cérébrale, que des expériences stressantes dans la petite enfance peuvent avoir des conséquences dommageables sur le cerveau de l’enfant. Par exemple, trop d’hormones de stress (notamment le cortisol) peuvent entraîner la mort de cellules dans des zones importantes associées à l’apprentissage et à l’intelligence émotionnelle et sociale1.
Mais c’est carrément l’ADN des cellules cérébrales qui peut être atteint par ce qui est vécu dans la petite enfance.
L’expérience a été faite sur des souriceaux. Je sais, je sais, vous allez dire qu’on n’est pas des souris (ni des vaches, ni des chimpanzés…). Mais pour ce qui est des soins aux petits, les souris et les êtres humains sont en fait assez semblables. Des souris et des femmes, pourrait-on dire…

Négligence maternelle

Une équipe de généticiens américains du Salk Institute for Biological Studies (Californie) a observé2 que lorsque des souriceaux sont négligés par leur mère dans les premiers temps après leur naissance, cela enclenche la copie et le déplacement de plusieurs gènes au sein de leurs cellules cérébrales.
En fait d’expérience, les chercheurs ne sont pas du tout intervenus, ils se sont contentés d’observer la manière dont les souris ont élevé leurs petits pendant deux semaines.
Puis ils ont divisé les souriceaux en plusieurs groupes en fonction de l’attention portée par leur mère (fréquence de léchage, divertissement, repos, etc.).

En analysant les cellules de l’hippocampe des jeunes souris, les généticiens ont observé une relation significative entre la façon dont les mères s’étaient occupées de leurs petits et le nombre de copies de LINE-1. Moins les souris s’occupent de leurs souriceaux, plus les quantités de copies et de déplacements du gène sont élevées.
Et manifestement, toutes ces copies et tous ces déplacements, ça met le bazar dans le cerveau…

Troubles neurologiques

LINE-1 ? Oui, c’est plutôt abscons pour qui n’est pas généticien. Il est aussi question de transposons, de rétrotransposons, d’agents mutagènes, de LINEs (pour Long Interspersed Nuclear Elements ou longs éléments nucléaires intercalés)…

Disons pour simplifier que des facteurs environnementaux, en l’occurrence la façon dont la mère s’occupe de ses petits, entraînent des modifications épigénétiques dont certaines ont été identifiées comme de potentiels facteurs concourant au développement de troubles neurologiques comme l’autisme.

Comme dit Fred Gage, l’auteur principal de l’étude : « Nous pensons généralement que notre ADN est quelque chose de stable et d’immuable, faisant de nous ce que nous sommes, mais en réalité c’est un système très dynamique. Il s’avère que certains gènes dans vos cellules sont capables de se copier et de se déplacer, ce qui signifie que votre ADN change effectivement. » Et : « Nos travaux sont en accord avec les études portant sur la négligence infantile et montrant également des schémas modifiés d’ADN via la méthylation de certains gènes.3 »

Alors oui, les expériences dans la petite enfance ont sans doute le pouvoir de modifier notre ADN. En bien comme en mal.


Voir l’ouvrage de Margot Sunderland, La Science de l’enfant heureux, Éditions De Boeck (2017).
Tracy A. Bedrosian, Carolina Quayle, Nicole Novaresi, Fred. H. Gage, « Early life experience drives structural variation of neural genomes in mice », Science, 2018 ; 359 (6382) : 1395-1399.
Une courte vidéo (en anglais) où Fred Gage parle de leur découverte : https://youtu.be/4BKKE760PP8

LAISSER UN COMMENTAIRE

Saisissez votre commentaire svp !
Saisir votre nom ici svp

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.