© Famille Despontin
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Un fossé entre les cas d’études rencontrés lors de leur formation universitaire et la réalité du terrain une fois parachutées en salle de naissance, la lourdeur et l’anti-physiologisme primaire des protocoles en vigueur dans de nombreuses maternités, des montants d’assurance prohibitifs pour celles qui voudraient se lancer dans l’accompagnement des naissances à domicile, la menace d’une radiation au moindre faux pas : la liste des difficultés inhérentes à la profession de sage-femme telle qu’elle peut s’envisager aujourd’hui en France est longue. La sage-femme, à l’origine figure maternelle protectrice, est devenue, au fil du temps et à mesure que les accouchements se sont médicalisés, celle qui aide la mère à donner naissance à son enfant. Les femmes ont ainsi peu à peu cessé de mettre au monde leurs bébés pour être « accouchées » par une personne expérimentée. De ce fait, aujourd’hui, le mot « sage-femme » désigne bien davantage un technicien ou une technicienne, spécialiste de la naissance, qui, lorsqu’il ou elle exerce en milieu hospitalier, devient membre, plus ou moins anonyme, d’une équipe médicale. Dans ce contexte, et puisque la majorité des naissances se déroule en milieu hospitalier de nos jours, les sages-femmes sont le plus souvent considérées comme des auxiliaires du médecin, lui-même considéré comme étant l’unique détenteur du savoir (et du pouvoir). Et cela commence dès leur formation initiale. En effet, en France, les études de sage-femme durent cinq ans avec une première année commune aux études de santé (PACES) suivie de quatre années d’études dans une école de sages-femmes. Le cursus complet, qui aboutit au diplôme de formation approfondie en sciences maïeutiques (DFASM) permettant l’obtention du diplôme d’État (DE) de sage-femme, se compose, outre le volet théorique visant à faire acquérir aux étudiant.e.s les bases de la physiologie obstétricale, gynécologique et pédiatrique, d’un volet pratique. Mais, celui-ci se déroulant quasi exclusivement en milieu hospitalier, l’expérience des sages-femmes fraîchement diplômé.e.s en matière d’accompagnement physiologique de la naissance est pour ainsi dire inexistante. Or, ainsi que l’écrit Michel Odent dans Le Bébé est un mammifère1, « Il y a de grandes différences entre une sage-femme européenne qui a subi une formation de plusieurs années dans les départements d’obstétrique d’hôpitaux universitaires, et n’a jamais vu une naissance en dehors de ce contexte, et une sage-femme du Texas qui assiste à des naissances à la maison après une formation par apprentissage. » « En France, ajoute-t-il, pour entrer dans une école de sages-femmes, il est plus important de connaître la structure des mitochondries que d’avoir mis au monde un bébé2. »
Quelques chiffres Un arrêté conjoint des ministères chargés de la santé et de l’enseignement supérieur détermine chaque année le nombre de candidat.e.s admis.e.s dans les écoles de sages-femmes ainsi que la répartition du nombre de places par école. Pour avoir un ordre d’idée, ce numerus clausus était de 1053 pour l’année 2017¹, sachant que les écoles de sages-femmes sont au nombre de trente-cinq en France métropolitaine et […]

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