© Camille Masset Stiegler

Des étiquettes, on nous en colle rapidement sur le front. Parfois dès le berceau (« Tu as toujours été compliqué, bébé déjà, tu pleurais tout le temps »…). Si le cadre familial nous affuble déjà de certains qualificatifs dont il sera parfois difficile de se libérer, l’école est un lieu où les étiquettes abondent, plombant parfois toute la scolarité d’un enfant.

Il y a les étiquettes positives : bon élève, calme, attentif. Il y a les étiquettes négatives : cancre, dissipé, bagarreur, dans la lune. Il y a les étiquettes collées par les profs, celles collées par les élèves à leurs congénères. Il y a celles qui concernent le caractère, la personnalité ou l’intellect et celles qui concernent le physique ou le style vestimentaire. Bref, il y a toutes sortes d’étiquettes. Et toutes nous collent à la peau, et souvent nous font souffrir, même celles qui sont positives.

On dit d’un enfant qu’il est bon élève ? L’enseignant.e le montre en exemple à ses petits camarades sans arrêt ? Déjà, il ou elle incite les autres élèves à lui coller une autre étiquette : celle de l’intello. Si certains intellos réussissent à s’intégrer (en étant des « intellos cools »), d’autres sont vite mis à l’index. Ensuite, l’enseignant.e, pensant le valoriser, lui met en réalité une énorme pression, celle de rester le ou l’un des meilleurs. L’enfant va vouloir se conformer à cette image de lui, du moins jusqu’à une éventuelle rébellion. Les choses sont évidemment très difficiles à vivre pour un enfant qui, à l’inverse, va recevoir un jugement négatif à l’école. « Cancre », « mauvais élément », « dissipé », « dans la lune », quand on ne l’affuble pas immédiatement de diagnostics établis par le prof lui-même, comme le très à la mode TDAH1. Inscrit dans son dossier scolaire, le qualificatif va le suivre pendant toute sa scolarité, mettant ainsi les professeurs dans de mauvaises dispositions à son égard. Quant à l’élève, il risque fort de se conformer à ce qu’on attend de lui et de se persuader qu’il est, effectivement, un cancre. Pour l’estime de soi, on a fait mieux. Qu’elle soit positive ou négative, l’étiquette fait souvent office de prophétie : même si elle est fausse au départ, elle va influer sur le comportement de l’enfant et l’inciter à s’y conformer.

Étiquettes collées à la super glue

Les étiquettes sont vite collées. Emma est en moyenne section de maternelle. Elle n’aime pas trop l’école, et voudrait passer sa journée à dessiner. Mais sa maîtresse ne veut pas, et la petite fille doit se conformer au programme établi pour elle dans la journée. Comme ça l’ennuie, elle ne se concentre pas. La maîtresse en déduit qu’elle a des troubles de l’attention, et l’annonce sans ambages à la mère d’Emma, déclarant que cette dernière suivra désormais des cours de soutien pour pallier ce […]

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