© Gustav Klimt
C’est drôle de penser qu’au fond, la petite mort qui donne naissance à la vie conduit au trépas. Blaise, à l’aise, écrit dans ses Pensées : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. » Soit ! Le cœur qui bat la chamade est signe d’amour en suspension... mais quand il s’arrête, c’est la mort, point final. Rédiger une chronique sur la Mort annoncée en relation avec l’enfance... Euh... Croyez-moi, ce n’est pas si simple. Depuis plusieurs jours, j’essaie de me sortir les vers du nez, mais il semblerait que sur le sujet, je sois congestionné. J’ai comme un rhume de cerveau. Bien que j’asticote la muse, mon inspiration semble avoir expiré et traîner six pieds sous terre. Pourtant, je me concentre à mort. Esprit, es-tu là ? Esprit, donne corps à ce texte ! Esprit ? Hé, Esprit ! Rien. Pas de réponse. Page pâle. Encéphalogramme plat. Mon esprit s’est-il envolé vers d’autres cieux ? Devrais-je composer un cadavre exquis ? À défaut d’Einstein, incarner Frank ? Mettre de l’air dans mes mots asphyxiés afin qu’ils s’allongent puis s’élèvent et marchent ? Non ! En mon âme et conscience, je ne peux point. C’est donc la mort dans l’âme et en toute conscience que je rédige ces quelques lignes du bout de mes doigts gourds.

Connaître la fin

Un jour, après la lecture d’Antigone de Sophocle, ma fille m’a reproché de ne pas l’avoir prévenue que l’héroïne mourrait à la fin. Mais, ma chérie, c’est une tragédie ; c’était donc couru d’avance. Si tu avais bien entendu les oraisons du chœur, tu t’en serais doutée. Je lui ai alors conseillé de lire la version plus moderne de Anouilh, en lui précisant qu’Antigone se suicidait toujours à l’issue. Elle a refusé. Elle ne comprend pas que l’on puisse apprécier un livre, une œuvre, une création, tout en en sachant la fin dès le début. Pourtant, quand elle aime bien un film, elle peut le regarder plusieurs fois sans sourciller, même si la gamine décède toujours d’une maladie cardiaque au bout. Un jour suivant notre polémique, elle est allée au cinéma avec une copine pour voir la dernière superproduction des Avengers ; au retour, émue mais espiègle, elle a tenu à me spolier la fin malgré mon refus. « Quoi ! Tu abuses, tu me gâtes la surprise », lui ai-je alors reproché ; même si, à vrai dire, je ne comptais pas regarder cette fiction cinématographique dans un avenir proche. « Si, a-t-elle insisté, à la fin, c’est vrai, c’est comme ça ». Elle me l’a racontée trois ou quatre fois cette fin. Comme si cela servait de contre-exemple à ce que je lui avais dit de la beauté fatale de la tragédie. Alors, j’ai bien failli lui parler de Eros et de Thanatos, mais je me suis abstenu à ce moment-là. Toutefois, alors que je rédige ces lignes, je sais qu’elle lira cette chronique […]
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