© Sophie Elusse
Les parents de fratries expriment de la préoccupation lorsqu’un de leurs enfants veut faire comme son frère ou sa sœur, l’imite ou se montre complaisant lors d’une négociation. Il est difficile de comprendre les motivations de l’enfant qui copie. D’un autre côté, les mêmes parents ont du mal à adopter l’habitude de s’adresser à chaque enfant comme à un être unique. Nous retrouvons, par exemple, les comparaisons et la fausse obligation morale de donner à parts égales. Une communication qui s’adresse à un ensemble de personnes sans tenir compte de leur individualité est inconsciente la plupart du temps. Les enfants, vous êtes prêts à partir ? Arrêtez de vous chamailler ! Qu’est-ce que vous voulez pour le goûter ? Vous êtes insupportables ! Le vous, vous, vous… suivi, en plus, d’injonctions, d’accusations, d’uniformisation et d’étiquettes doublement toxiques car généralisées. Le message reçu par chacun des enfants peut être différent en fonction de son ressenti, de son vécu, de son tempérament, etc. Cependant, il y a un message sous-jacent lorsque l’on s’adresse à la fratrie dans son ensemble : « Vous êtes tous pareils, vous me posez le même problème, vous avez les mêmes goûts, les mêmes besoins, vous ressentez la même chose, vous vivez au même rythme, vous faites partie d’un collectif où l’individualité n’est pas prise en compte. » Pourtant, les parents ont à cœur de les différencier !

Qu’en est-il de l’imitation entre frères et sœurs ?

C’est le jour de la rentrée en CP de Gaël, 6 ans. Il veut prendre son doudou pour l’emmener à l’école, tout comme son frère Ilann, âgé de 18 mois, qui va à la crèche. Les parents des jeunes garçons n’ont pas envie de « céder » parce qu’ils considèrent que Gaël est un « grand garçon » et que ce n’est pas normal qu’il apporte son doudou à l’école. Ils ont peur qu’il reproduise des attitudes de bébé, qu’il devienne dépendant à vie de son doudou (qu’il n’utilise d’ailleurs plus : il sert de décor sur son lit…). Pour justifier leur refus d’emporter le doudou à l’école, les parents de Gaël lui ont expliqué que ce n’est pas parce que son frère apporte son doudou à la crèche qu’il doit faire la même chose. Gaël est maintenant en colère et il ne veut plus aller à l’école. Les deux parents sont dépassés par la situation. Si nous regardons à la loupe la situation de Gaël, nous pensons à ses motivations pour demander à nouveau son doudou. Le fait de voir le doudou d’Ilann lui a donné une idée, celle d’apporter un objet à l’école. Gaël a probablement besoin d’être rassuré. En voyant Ilann en état d’apaisement avec son doudou, des moyens de s’apaiser se présentent à lui. Non, le fait de vouloir faire comme son frère n’est pas la motivation de sa demande. Non, son individualité n’est pas atteinte par le souhait d’avoir un moyen de se rassurer. Nous constatons que la réaction des parents est en décalage avec les besoins de […]

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