© Jenny Balmefrézol
Cela fait quatorze-mille ans que nous élevons des animaux1. Les progrès techniques ne justifient plus leur utilisation comme bêtes de somme, et pourtant, la traction animale est réhabilitée par la permaculture, avoir ses propres poules redevient banal, et chasse et pêche ont toujours droit de cité. Quel exemple montrons-nous aux enfants lorsque nous asservissons et tuons les animaux ? Comment faire un pas hors du carnisme dominant ?

L’apparition de la paléobotanique a démystifié l’image du chasseur préhistorique. D’après Florence Burgat, philosophe, la part végétale de l’alimentation des premiers hommes « a longtemps été ignorée, pour une raison simple : ces aliments laissent peu de vestiges, contrairement aux ossements animaux2 ». Nos ancêtres étaient plus charognards que chasseurs, et la consommation de viande était circonscrite aux régions et périodes froides où cueillette et agriculture étaient ardues. Nos canines, outre leur rôle social (être perçu, pour l’homme, comme dominant par ses rivaux et par les femmes convoitées), constituaient de parfaits outils pour croquer les fruits et briser les coques3. De nos jours, alors que chasse et pêche ne sont plus nécessaires à notre survie, comment expliquer le meurtre d’un animal sauvage comme activité de loisir ? Le chasseur comme gestionnaire de la faune est un leurre absurde. C’est au loup qu’incombe cette tâche. Sa réintroduction accroît la biodiversité en ré-harmonisant la chaîne alimentaire et en restaurant l’équilibre faune-flore, allant jusqu’à influer sur le parcours des rivières4.

Élever sans tuer : les œufs

Une poule peut vivre jusqu’à 18 ans à l’état naturel, tandis que la vie d’une poule pondeuse d’élevage est d’environ soixante-dix semaines (quatre-cent-quatre-vingt-dix jours), contre quarante-deux jours pour une poule élevée pour sa chair. 70 % des quarante-sept-millions de poules pondeuses françaises passent leur vie en cage (code 3 sur l’œuf), 5 % en élevage au sol (code 2) et 25 % en élevage avec accès à l’extérieur (code 0 ou 1) – dont 7 % en bio, 5 % « label rouge » et 13 % en plein air5. Il y a la solution d’élever soi-même ses poules. Manger un œuf, c’est manger un ovule. Une poule en pond en moyenne soixante par an, contre trois-cent pour les espèces génétiquement modifiées de l’élevage intensif. Selon l’Université de médecine d’Harvard, le risque de cancer de la prostate augmente de 81 % chez les hommes mangeant plus de 2,5 œufs par semaine6. Adopter des poules est un pas hors de l’exploitation industrielle mais ne résout pas la question de la domination de l’animal par l’homme, injustifiable éthiquement et alimentairement : fournir protection et nourriture à un animal ne nous octroie pas le droit de le priver de sa liberté ou de sa vie.

Lorsque nous enfermons les animaux et insultons leurs savoirs […]

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