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Donner du sens aux savoirs, transmettre des contenus exigeants et des méthodes de travail adaptées aux élèves mais aussi donner ou redonner confiance dans le fait que ces savoirs sont accessibles et utiles, mobiliser les énergies dans un travail collectif nourri d’efforts personnels et créer les conditions d’une interactivité en classe sont des objectifs que se donnent les professeurs pour capter l’attention de leurs élèves. Créer du lien dans les apprentissages, voilà un défi de chaque jour à l’école ! Voyons un éventail de possibilités pour y parvenir et voyons comment la famille peut s’engager pour relever le défi en partenariat avec l’école et, surtout, pour l’épanouissement de son enfant.

La grande majorité des professeurs cherche à créer des situations d’apprentissage stimulantes pour leurs élèves et pour eux-mêmes et à les mettre en œuvre en classe, étant entendu qu’il n’est pas toujours facile de motiver, d’engager, d’« intéresser » les élèves. Ils consacrent beaucoup de temps à préparer ces situations qui doivent être nombreuses et variées pour permettre les apprentissages de tous les élèves et pour nourrir les journées et les semaines, sur des modes d’autant plus diversifiés que les enfants sont plus petits. Donner du sens aux apprentissages, c’est d’abord donner du sens à « son métier d’élève » : qu’est-ce qu’un élève ? qu’est-ce qu’être un élève ? quelle différence entre un enfant et un élève ? quels moyens déployer pour y parvenir ? qu’attend-on de moi ? qu’est-ce que j’attends de l’école ? pourquoi j’y suis ?1 Autant d’interrogations qui peuvent paraître philosophiques en première lecture mais qui sont abordables à différents niveaux de compréhension pour les élèves dès l’école primaire. Le lien entre toutes ces questions est celle du sens de l’école et donc de son corollaire, le sens des apprentissages.

Il est courant qu’en début d’année scolaire, les professeurs des écoles établissent la charte de l’écolier avec leur classe. Cette charte définit ce qui est attendu de chaque élève tant dans son attitude face au travail que dans son investissement en classe et dans son relationnel aux enfants et aux adultes de l’école. C’est une forme de « contrat de travail » entre l’élève et l’école. Donner du sens à ce que l’on fait permet de s’y engager dans toutes les dimensions de sa personne. Cela amène alors à se demander ce qu’est apprendre et comment faire pour apprendre.
Les élèves sont de plus en plus demandeurs de méthodologie pour apprendre et pour comprendre de manière efficace et adaptée à leurs compétences. Les profils d’apprentissages enseignés par Howard Gardner2 sont un point d’appui incontournable pour aider chacun à trouver ses voies privilégiées de mémorisation et de motivation à apprendre. S’investir dans les apprentissages et y mettre du sens, c’est aussi considérer la place de l’erreur comme formatrice et incontournable. Rebondir devant l’échec, ne pas baisser les bras, reprendre un travail qui n’a pas été réussi : la force de caractère s’acquiert en s’entraînant. L’enseignant aura à aider chacun de ses élèves à comprendre ses erreurs sans le juger : serait-ce une étourderie ? une fatigue physique ou émotionnelle ? ou bien une notion en construction qui est encore fragile ? un besoin d’explication particulier ? Autoriser l’erreur et l’analyser fait partie du processus d’apprentissage et offre la possibilité à l’élève de s’investir pour en comprendre l’origine et ainsi chercher à mettre du sens dans ce qu’il découvre. On entend souvent dans les classes : « Qui n’a pas compris son erreur ? Nous pouvons réexpliquer ». Les élèves sont alors invités à s’astreindre à regarder en face tout exercice manqué, sans négliger aucune faute ni aucune correction du professeur et en essayant de remonter l’origine de chaque erreur.

Et puis, soulignons que la façon dont un professeur traite les plus faibles et les plus fragiles de ses élèves en dira plus que bien des discours sur la place de l’erreur dans l’apprentissage. La force morale est contagieuse. Donner du sens aux apprentissages, c’est aussi donner confiance dans la force de chacun à acquérir des nouvelles compétences. À ce propos, Abdenour Bidar écrivait3 : « Il faut persévérer pour alimenter la confiance en soi. Car, en ne renonçant pas devant la difficulté, on cultive en même temps deux choses : d’une part ses propres forces, d’autre part cette confiance éprouvée, vérifiée dans l’expérience de tenir bon ». Dans bien des classes, la confiance se vit quand les élèves sentent que leur professeur sait où il va et l’explique clairement, quand il procède comme un bon guide de montagne, anticipant les passages difficiles, donnant les conseils appropriés pour franchir les obstacles, faisant des pauses d’étapes nécessaires pour ne perdre personne en route, encourageant ses troupes, partageant l’enthousiasme de ce qui est à découvrir. Ainsi effort, durée, plaisir d’apprendre peuvent se conjuguer pour avancer ensemble. C’est ce qu’évoque Daniel Pennac dans son livre Chagrin d’école4 lorsqu’il est saisi par la motivation et l’implication d’une classe de collège. Sa venue était l’aboutissement d’un travail et d’une dynamique de classe absolument fabuleux. Créer du lien dans les apprentissages, c’est permettre aux élèves de construire et se construire par des essais d’erreurs et de réussites sous le regard bienveillant du professeur.

Des ressources motivantes

La pédagogie de projets est un moyen connu et reconnu d’aller vers un but défini avec la classe dans un temps donné et avec des moyens définis. Elle est ancienne à l’école primaire, elle a été développée par certains pédagogues, Freinet notamment, et est devenue un modèle des pédagogies actives. Les enseignants ressentent la nécessité de donner du sens aux apprentissages des élèves et ainsi de les motiver au quotidien et sur le long terme de l’année scolaire. L’intérêt de cette pédagogie renvoie à des activités diverses en lien avec les progressions qui sont plus ou moins liées à l’environnement proche des écoles, avec des sorties, des visites ou bien en lien avec les saisons ou encore avec les albums de littérature jeunesse. Par exemple, la lecture et l’étude d’un livre pour aller en découvrir la mise en scène lors d’un spectacle ou la construction d’un jeu électrique de questions-réponses sur le programme d’histoire ou encore la réécriture d’un texte avec un angle particulier pour le journal de l’école. Les projets permettent aux enseignants de renouveler en partie leur activité, d’année en année, et de travailler plusieurs disciplines et champs de compétences. Tel un fil rouge, le projet anime le groupe qui est le moteur de l’aboutissement de celui-ci.

Nous ne pouvons pas parler du sens des apprentissages sans mentionner l’arrivée en masse du numérique à l’école. Étudier avec le numérique permet à l’enfant de rester connecté à son environnement (s’il a accès aux écrans chez lui, mais c’est désormais plus de 70 % des élèves des classes de primaire qui sont équipés de tablettes, jeux vidéo et autres smartphone, qu’on se le dise !) mais cette manière d’enseigner avec des outils numériques modifie sensiblement les modes d’accès au savoir. La question est de s’interroger sur ce qu’on en fait. L’apprentissage par le numérique correspond à l’univers des nouvelles générations et, en ce sens, le lien est créé entre l’école et la maison. Un nouvel équilibre est à trouver pour les professeurs entre culture numérique et culture littéraire. Les deux se complètent : les élèves qui ont une bonne capacité de lecture seront toujours plus à l’aise pour recueillir les informations qui apparaissent sur un écran car ils sauront les comprendre, les trier et en dégager l’essentiel.
Franck Damour précisait dans son article : « Comment Internet m’a réappris pourquoi j’enseigne »5 que rien ne remplace la relation de personne à personne, même si la mission du professeur peut prendre des aspects divers : transmettre des savoirs mais aussi apprendre à poser des questions, à chercher, à identifier ses sources, à réfléchir, à expliquer aux autres sa démarche… Les vidéoprojecteurs interactifs entre autres envahissent les classes des écoles primaires, pourvu que chaque enseignant en fasse bon usage dans l’intérêt des apprentissages des élèves qu’il a en charge.

Le rôle de la famille

Les parents sont les premiers éducateurs de leur enfant et, en ce sens, ils ont un rôle à prendre dans le lien que l’enfant construit entre l’école et la maison. Cela peut commencer par proposer à l’enfant de raconter sa journée et de l’écouter jusqu’au bout même s’il ne s’agit que de ses expériences lors des récréations ou à la cantine. Chaque moment raconté peut être l’occasion de développer un peu plus le récit afin de montrer que les journées que l’enfant passe en dehors du cercle familial sont importantes et que les adultes y portent de l’intérêt. Dès les premières années de scolarisation, les parents peuvent reprendre les comptines ou les petits chants avec leur enfant, profiter d’un projet sur les avions pour aller voir un avion de plus près lors d’une sortie dominicale, construire la maison des lapins de l’album étudié en classe…
Mettre du sens et créer du lien sont des occasions de saisir les apprentissages de classe pour visiter, et ainsi, s’approprier les contenus sous une autre forme. Pour des enfants plus grands, on peut cuisiner et manipuler les mesures de masse et de contenance en valorisant l’enfant qui réinvestit les connaissances qu’il a acquises, on peut profiter d’une sortie culturelle pour approfondir une période de l’histoire étudiée en classe. L’enfant sera d’autant plus fier de mettre du sens à cette sortie en famille qu’il mettra à profit ses connaissances pour prendre du plaisir à en découvrir encore un peu plus avec ses parents. Sans compter le plaisir de raconter la sortie à la classe le lendemain !

Aider son enfant à donner du sens à ses apprentissages, c’est également lui demander « ce qu’il a appris aujourd’hui » et pas « quelle note il a eue » ou quelle compétence il a validée. L’enfant devra monopoliser son attention et son investissement personnel en classe pour répondre à cette question. Enfin, s’investir dans le lien entre l’école et la famille c’est prendre le temps chaque soir de regarder le travail de l’enfant avec lui pour le féliciter de ses réussites, l’aider à garder confiance en lui malgré ses erreurs, l’accompagner au plus près dans ses apprentissages, lui expliquer, lui raconter, poser de l’affectif dans son monde de travail. C’est donc viser son travail quotidien régulièrement pour le suivre et réagir si besoin. Mais pour réagir, encore faut-il être présent et attentif.

Enfant motivé, parents acteurs des apprentissages faits en classe, enseignants innovants, tel serait le cocktail pétillant pour donner du sens aux apprentissages et créer du lien. Ajoutons à cela la communication bienveillante au sein de la triade parents-enfant-professeur et l’année sera formidable !


Le film documentaire Sur le chemin de l’école de Pascal Plisson (2013) est intéressant à visionner pour redéfinir le sens de l’école et l’engagement que chaque élève y met.
2 Voir l’article « Les profils d’apprentissage » paru dans le hors-série « Apprendre » de Grandir Autrement.
3 Quelles valeurs partager et transmettre aujourd’hui ? Éditions Albin Michel (2016).
4 Chagrin d’école, Éditions Gallimard (2007).
5 Professeur agrégé d’histoire et co-directeur de la revue Nunc, article paru dans la revue Études (2013).

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