C’est la méthode adoptée par des milliers de parents  sur les réseaux sociaux : diffuser les illustrations de Fanny Vella de la série Et si on changeait d’angle1 transposant aux adultes des situations régulièrement vécues par des enfants. Poignants et efficaces, ces dessins dénoncent par l’exemple l’adultisme, le manque d’empathie, les violences éducatives dites « ordinaires » (terme ô combien symptomatique) sans tirer à boulets rouges sur qui que ce soit, l’autrice étant bien consciente de la construction sociale de cette forme de discrimination liée au fait d’être un enfant.

Depuis quelques mois, la série de dessins Et si on changeait d’angle, à l’origine postée sur les réseaux sociaux par sa créatrice Fanny Vella, est sortie sous la forme d’un livre au sein des Éditions Ailes et Graines, maison d’édition éthique, écologique et en faveur du respect de l’enfant. Accueilli avec succès, le livre est actuellement en réédition et passe entre toutes les mains. De quoi inviter avec amour « tata Jeannette » à « foutre la paix » aux parents si ce n’est à se remettre en question en douceur si le cœur lui en dit. Et de cœur, il en est question chez l’illustratrice lyonnaise dont le crayon est toujours à fleur de peau. Les thèmes abordés dans leurs vérités avec délicatesse mettent davantage sous les feux des projecteurs l’incohérence et la violence des situations, la souffrance que les « responsables ». Ici il ne s’agit pas de faire culpabiliser mais de faire comprendre. Parmi les scènes représentées dans le livre, nous pouvons découvrir entre autres l’illus­tration d’un adulte sorti du bain par surprise de façon arbitraire par un autre adulte ou encore un peu plus loin un adulte regardant, médusé, sa conjointe le critiquer au téléphone, ou encore un adulte se faisant câliner et pincer les joues par des inconnus au supermarché.

Réfléchir ensemble

Avec empathie et sensibilité, celle qui se définit, entre autres, comme étant une « zébrette hypersensible » (comprendre haut potentiel intellectuel et hypersensibilité), Fanny Vella nous prête ses lunettes pour nous partager son regard limpide sur plusieurs situations vécues quotidiennement par des millions d’enfants : « Je partage ma réflexion pour que nous puissions réfléchir ensemble », raconte-elle.
Car derrière ses désormais emblématiques lunettes et son humour (dont les démonstrations sont très appréciées de son public qui se délecte de ses stories sur Instagram), la jeune femme a souffert des remarques de l’entourage durant les premiers temps de sa vie de mère : « Nous étions soudainement devenus des incapables en devenant parents. Raconter en dessin était un exutoire via l’humour. J’avais tellement envie qu’on nous foute la paix ! » Le premier dessin illustrait la thématique de la réponse aux pleurs nocturnes des bébés. « Intuitivement, face à mon enfant, je me demandais comment je réagirais face à une personne adulte. La série d’illustrations est née comme cela. »

Être « laissés tranquilles », respectés dans ses choix de parents maternants ou empreints de la volonté d’accompagner sans violence son enfant et de respecter son consentement sont justement les souhaits de nombreux parents aujourd’hui. Qui n’a pas troqué des articles sourcés de neurosciences affectives et sociales contre un dessin de Fanny Vella pour toucher avec davantage d’efficacité un entourage peu ouvert à la non-violence éducative ? Qui n’a pas envoyé par message privé un dessin illustrant une problématique du quotidien pour plaider en la faveur de l’enfant ? Qui n’a pas partagé une illustration pour faciliter la déconstruction d’une idée reçue dont la mise en application a le pouvoir de faire souffrir son enfant ?

Une autrice engagée

Celle qui commençait par illustrer sa grossesse il y a près de quatre ans par un dessin peu clivant se voit aujourd’hui soutenue par une communauté riche de cent mille personnes tous réseaux confondus, qui découvrent, soutiennent, commentent et partagent ses illustrations engagées en faveur du respect des enfants, du féminisme, de la cause LGBT2, bref, en faveur de rapports égalitaires et respectueux et de la protection du vivant. Fanny Vella ose sortir de sa bulle protectrice pour se confronter à l’injustice, à l’intolérance et les dénoncer sous forme de BD.
Un militantisme en faveur de l’inclusion, notamment à travers sa première collaboration avec Élodie Crépel (cocréatrice des Éditions Ailes et Graines avec son mari) via les histoires d’Ycare : Ycare à l’école3 en prévention du harcèlement scolaire, notamment des enfants atypiques, et Ycare un enfant sensible4 afin de répondre aux questionnements grandissants concernant l’hypersensibilité.
Afin d’aider l’adulte dans son cheminement et ne pas le laisser démuni après le constat d’une posture violente, maladroite ou inappropriée, une formule propose une posture alternative aux lecteurs en amont de chaque illustration, ce qui en fait un livre vraiment bienveillant et pédagogique.
« Fanny est pour nous bien plus qu’une artiste, c’est une militante dans l’âme, une femme accomplie, généreuse et enjouée. Nous avons plaisir à travailler avec la professionnelle qu’elle est, son talent est extraordinaire et le fait qu’elle l’utilise pour faire changer les choses est admirable. Elle participe à un monde meilleur. », partage Élodie Crépel.

Contribuer au changement de paradigme

Se considérant humblement comme étant un maillon de la chaîne, Fanny Vella voit son public grandir : une augmentation symptomatique du changement de paradigme en cours auquel Fanny Vella contribue avec conviction et humilité. « Je ne mesure pas l’ampleur, c’est allé crescendo. Ce qui m’intéresse c’est d’offrir une réflexion. »
Fans et acheteurs du livre sont tous déjà convaincus : il est grand temps de cesser de faire vivre à un enfant ce que nous ne souhaiterions pas vivre nous-même. Des convictions qui ont pris leurs sources dans des intuitions confirmées par le travail de Catherine Gueguen et son livre Pour une enfance heureuse5, qui répertorie les dernières découvertes en neurosciences affectives et sociales, et qui libère du joug de la domination des adultes et de la pression de la transmission de violences éducatives dites ordinaires.
La célèbre pédiatre a d’ailleurs signé la préface de Et si on changeait d’angle : « J’ai osé écrire à Catherine Gueguen pour lui demander si elle accepterait d’écrire la préface du livre et elle m’avait gentiment répondu qu’elle était très occupée. J’étais déjà super heureuse d’avoir été en lien avec elle. Puis elle m’a réécrit après avoir feuilleté le livre et m’a dit qu’elle ne pouvait pas ne pas soutenir le livre et là j’étais tellement heureuse ! »

Partage des articles sur les réseaux sociaux, achat du livre par des parents convaincus, espérant qu’il passe entre plusieurs mains, la diffusion du travail de Fanny Vella n’a finalement pour seul objectif que celui d’aider les parents pour protéger les enfants.


1 Et si on changeait d’angle ?, Fanny Vella, Éditions Ailes et Graines (2020).
2 LGBT est le sigle pour désigner la communauté lesbienne, gay, bisexuelle et transgenre.
3 Ycare à l’école, Fanny Vella et Élodie Crépel, Éditions Ailes et Graines (2018)
4 Ycare un enfant sensible, Fanny Vella et Élodie Crépel, Éditions Ailes et Graines (2019).
5 Pour une enfance heureuse : Repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau, Catherine Gueguen, Éditions Pocket (2015).

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