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Alors que je montais une bibliothèque en compagnie de mes deux filles, partagé entre mon admiration pour leur patience et leur dextérité et l’envie de les éconduire pour finir plus vite, mon aînée me demande si j’avais remarqué combien elle avait grandi ces derniers temps. Mon tournevis en main pour fixer un nouvel étage, je confirme de la tête en ajoutant qu’elle va grandir encore longtemps. « Cool ! Dis, Papa, tu grandis toi aussi ? » Absorbé dans ma tâche et pressé d’en finir, je bafouille une réponse expéditive qui semble loin de la satisfaire. À mesure que j’avance dans le montage, je reste hanté par sa question qui méritait bien plus que mon retour évasif. Dis, Papa, tu grandis toi aussi ? Mais voilà, le meuble est monté et ma fille est partie faire autre chose. Je me sens bête tout d’un coup. Comment ai-je pu lui répondre qu’à mon âge, on ne grandissait plus vraiment et m’en tenir là ?

Pas encore vraiment papa

J’étais bien sûr comblé quand ta mère m’a appris qu’elle était enceinte de toi, mais je n’étais pas encore vraiment papa à cette époque. Je faisais un effort vestimentaire à chaque échographie, même si je savais que tu ne me voyais pas. Je découvrais chaque partie de ton corps, entendais les battements de ton cœur, partageais ton intimité dans ton cocon. L’embryon de père que j’étais évoluait lui aussi, à peu près au même rythme que toi. À la maison, tu étais très réceptive à la musique, au mas-sage, à l’haptonomie. Ces contacts me permettaient d’établir mes premiers liens avec toi. Même si j’ai eu du temps pour m’y préparer, je me demande si je saurai être un père, et un bon père de surcroît. Si je saurai t’accompagner dans tes découvertes et t’épauler dans les moments difficiles. Si je saurai m’affranchir des pans de mon éducation qui me pèsent pour ne garder que ce qui me semble le meilleur pour toi. Si je saurai te laisser toute la liberté dont tu auras besoin pour devenir toi. Et toute l’assise et la confiance nécessaires pour un jour être l’heureux témoin de ton envol.

Te voilà

Tu es en siège, mais nous tenons à essayer un accouchement par voie basse. D’après la sage-femme qui a assuré notre suivi de grossesse, ce sont les plus belles naissances. Le personnel de la maternité ne l’entend pas ainsi, et ne cesse de nous encourager à opter pour une césarienne. Nous tenons bon pendant des heures de faux travail, mais de vraies douleurs, jusqu’à ce que, à grand renfort de culpabilisation et même d’acte non consenti (décollement), un ultimatum nous soit donné. Ta maman est exemplaire, mais aussi de plus en plus fatiguée. La césarienne est actée. S’il est difficile de renoncer à son projet de naissance, à toutes les projections que l’on s’est faites, de quitter sa femme sur un brancard sans avoir la possibilité de lui tenir la main et de l’accompagner pour vivre ta naissance à ses […]

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