© Anaïs Tamen
L’adjectif « racisé » parle du regard de l’observateur. On n’est pas un racisé mais « racisé », c’est-à-dire vu comme « autre » par celui/celle qui nous attribue une race supposée et les projections qui vont avec. Le racisme est une réalité sociale, quotidienne et institutionnalisée. Y mettre fin c’est d’abord voir la part que l’on joue dans ce système bien solide qui empoisonne la vie quotidienne et l’amour de soi à tout âge. Maé a 4 ans, elle a demandé une princesse. Sa mère lui offre une poupée noire. Maé dit : « Mais non, une vraie princesse, une belle ! ». La maman de Maé est blanche, son papa est noir. Julie, en première année de maternelle, se confie enfin à sa maman (blanche) après quelques semaines de silence tant elle a honte : « À l’école tout le monde dit que mes cheveux sont moches, sauf la maîtresse ! ». Quand sa mère lui demande comment elle les trouve, Julie répond qu’elle les trouve beaux mais qu’elle tire tous les jours dessus devant la glace. Ma fille, à 5 ans, me demande comment effacer cette couleur noire de sa peau. « Je ne l’ai pas choisie et je n’en veux pas ! ». Elle a un grand-père noir et trois grands-parents blancs. Les enfants de Marine sont instruits en famille. Ils ont un prénom et un nom de famille peul. Marine observe que ses enfants sont contrôlés chaque année alors qu’en Belgique les contrôles ont lieu tous les deux ans. Lili, 6 ans, rentre de l’école du cirque : « C’est dur d’être le seul point bleu, parmi tous ces points verts ». Sa mère ne comprend pas tout de suite.

Le poids de la visibilité

« Être noir c’est être toujours visible. C’est donc devoir composer avec cette visibilité et au fait d’être perçu comme différent. C’est faire l’expérience d’être “l’autre”1 ». Pour Robin DiAngelo, sociologue, « Tous les enfants entre 3 et 4 ans comprennent qu’il vaut mieux être blanc, tous2 ». Akuye Addy, universitaire, ajoute qu’avant 2 ans, les enfants perçoivent la couleur et le genre de manière neutre, ensuite ils « ressentent et réalisent qui est présent, qui a une voix, qui est vu, qui est important et qui ne l’est pas3 ». Chez les enfants issus de la majorité raciale, ce processus mène à la supériorité internalisée, tandis que les enfants racisés internalisent le rejet des personnes de couleur. L’expérience précoce du rejet chez les jeunes enfants et ses conséquences constituent l’un des premiers désavantages dans la scolarité et la socialisation des enfants racisés4. La dévalorisation de l’image de soi et l’adaptation au statut de minorité, « d’autre », s’ajoutent à la foule des apprentissages de la petite enfance. Cette expérience, la vaste majorité des enfants blancs n’y est pas confrontée5 […]

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