© Laura Couëpel

Allaiter, c’est naturel, et ça ne devrait même pas être sujet à débat. Pourtant, malgré certains discours, l’allaitement ne va plus de soi, et de nombreuses mères doivent se justifier quand elles font ce choix. Car quoi qu’on en dise, aujourd’hui, l’allaitement le plus normé et le plus répandu se fait avec du lait artificiel.

La première fois que je suis devenue mère, j’ai été stupéfaite d’entendre des femmes plus âgées me demander si j’allaitais mon bébé sur un ton qui suggérait que non, évidemment, je ne l’allaitais pas. Allaiter, ça ne se fait plus, c’est désuet, démodé, archaïque. Pourquoi s’embêter alors qu’on a le biberon ? Et si on tient absolument à allaiter, autant choisir l’allaitement mixte ! Histoire d’être sûre que le bébé soit bien repu pour la nuit et dorme huit heures d’affilée, ou parce que le lait maternel « ne suffit pas » ou est au contraire « trop gras ». Bref, ce lait qui est fait pour le bébé n’arrive apparemment pas à la cheville du lait artificiel, qui, lui, comble tous les besoins du tout-petit et lui promet une croissance harmonieuse. Cette croissance si normée qui, dans les carnets de santé, est surveillée en se basant sur des normes établies sur la croissance de bébés nourris au biberon, évidemment. Les mamans de bébés exclusivement allaités qui ont dû se battre avec leur médecin car celui-ci voulait qu’elles donnent des compléments à leur bébé sont nombreuses. Cette méconnaissance de l’allaitement dans le corps médical montre bien, une fois encore, à quel point l’allaitement est devenu un choix qui est loin d’aller de soi et qui est même, pour certaines, anormal.

« Je ne suis pas une vache à lait »

Beaucoup de mamans allaitantes disent ne pas s’être posé la question de l’allaitement. Il était évident qu’elles allaiteraient leur enfant car c’est dans la nature des choses. De même, beaucoup de mamans qui nourrissent leur enfant au biberon affirment leur impossibilité d’allaiter. « Je ne me voyais pas allaiter », « ça me gêne », « chez les autres ça ne me dérange pas mais ce n’est pas pour moi », « je ne suis pas une vache à lait »… On relève un véritable problème au niveau de l’image de l’allaitement et particulièrement de la femme en train d’allaiter. Certes, le lait maternel est le meilleur pour la santé de mon enfant, mais allaiter, c’est gênant, c’est indécent, c’est même dégoûtant…

On peut se demander si la sexualisation à outrance de la poitrine féminine n’y est pas pour quelque chose. Les seins sont aujourd’hui plus des objets sexuels que maternels et nourriciers : avant même leur puberté, certaines filles portent des brassières ou des soutien-gorges, sexualisant ainsi déjà cette partie de leur corps. La poitrine doit être belle, elle est là pour séduire. Or, pour beaucoup de couples, la poitrine devient intouchable pendant la période de […]

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