110 kg de coton pour fabriquer un manteau © Pixabay

De plus en plus de personnes, de familles entières, se lancent dans une démarche zéro déchet et cherchent à réduire le volume de leur poubelle. C’est très bien, mais est-ce vraiment suffisant pour limiter notre empreinte écologique ? En réalité, nous faisons totalement abstraction d’une grande partie de la vie des produits que nous achetons, à savoir toutes les étapes de conception et de fabrication qui sont de grandes génératrices de déchets. Et nous sommes loin d’imaginer la quantité que cela représente !

Lorsque l’on parle de démarche zéro déchet, on pense surtout aux poubelles de nos maisons, nos appartements et aux déchets générés au sein de notre domicile (emballages plastiques, déchets alimentaires, papiers divers…) suite à nos achats alimentaires, vestimentaires, de mobilier, d’articles électroniques, etc. On parle alors de déchets ménagers. Mais, très souvent, nous oublions qu’avant d’arriver chez nous, les objets ont dû être fabriqués à partir de matières premières, en utilisant de l’énergie et en étant transportés jusqu’au point de vente (puis jusqu’à notre domicile). Et, à chacune de ces étapes du cycle de conception, de fabrication et de transport, des déchets, appelés déchets d’activité économique, sont générés en plus ou moins grande quantité.

Une consommation importante de matières premières

La réalisation d’un objet, quel qu’il soit, nécessite l’utilisation de matières premières. Parfois, ces matières premières ne sont utilisées qu’en toute petite quantité, mais leur obtention requiert elle-même une quantité importante de ressources naturelles. Par exemple, un téléphone portable de 5 pouces qui contient des métaux rares en faible quantité certes, mais pour lesquels une quantité importante de matière brute est extraite, nécessite 183 kg de matières premières. Le ratio « poids final/quantité de matières premières » varie de 75 fois pour le textile à 350 fois pour l’électronique. Par exemple, pour fabriquer un manteau, l’industrie textile utilise 110 kg de matières premières1.

Une industrie grande pourvoyeuse de déchets

Le processus de fabrication en lui-même génère également des quantités importantes de déchets. Ainsi cette étape dans la vie d’un produit nécessite des emballages pour les matières premières, pour les contenants servant au conditionnement, génère des déchets propres au processus de fabrication (fluides, consommables, matériels…) et des déchets liés au fonctionnement de l’usine (blouses, sur-chaussures, papiers, etc.). Par exemple, pour les 4 milliards de mètres carrés de tissu qui sont utilisés pour fabriquer les vêtements, 60 milliards sont jetés suite à la découpe, et il aura fallu 2 720 litres d’eau pour réaliser un tee-shirt (soit l’équivalent de trois ans de consommation pour une personne).
Ainsi, en 2016, les déchets des industries (tous secteurs confondus) représentent 37 % de la quantité totale des déchets non dangereux produits en France (29 % pour les ménages), ceux issus de l’agroalimentaire 1 %. Dans l’industrie manufacturière, les deux-tiers de ces déchets sont produits par quatre secteurs d’activité : la métallurgie, l’industrie du papier-carton et de l’imprimerie, l’industrie du bois et les industries agro-alimentaires. En termes de volume, cela représente 14 millions de tonnes de déchets non dangereux2.

Les différents types de déchets

Déchet dangereux (DD) : déchet qui présente des risques (inflammabilité, toxicité, danger pour l’environnement) et nécessite une gestion particulière.`
Déchet non dangereux (DND) : déchet qui ne présente aucun risque, sa gestion est plus souple. Par exemple : biodéchets, verre, plastique, bois…
Déchet non dangereux inerte : déchet non dangereux qui de plus est inerte physiquement, chimiquement et biologiquement vis-à-vis de son environnement, il s’agit par exemple de béton, tuiles…

Les actions du consommateur

Pour fabriquer un four à micro-ondes de 13 kg il aura fallu utiliser 2 tonnes de matières premières3 ! Des chiffres qui donnent le vertige ! Maintenant que nous sommes tous conscients du problème, comment agir à notre niveau pour limiter la quantité de matières premières utilisées et de déchets générés lors de la production ?
Tout d’abord, il semble judicieux (et évident !) une fois l’objet acheté de l’utiliser le plus longtemps possible. Cela est particulièrement pertinent pour les vêtements que l’on change trop souvent répondant aux appels de la mode et du marketing (40 % des habits achetés ne sont jamais portés !), les appareils électroniques qui, sous couvert d’innovation technologique (ou logiciel parfois même), sont remplacés alors qu’ils fonctionnent encore parfaitement (le taux de renouvellement moyen d’un téléphone portable est de 20 mois et dans 14 % des cas, il part à la poubelle4).

Dans un second temps, il est pertinent de se demander s’il est vraiment nécessaire de produire autant. D’une part, les invendus dans les magasins sont parfois très importants, et très souvent les articles sont purement et simplement jetés (par exemple dans l’agro-alimentaire, souvent dans le textile, où les filières de recyclage peinent à se mettre en place, ainsi sur les 700 000 tonnes de vêtements mis sur le marché en France, 95 % des vêtements sont jetés au lieu d’être recyclés). D’autre part, nous, consommateurs, pouvons également choisir de faire réparer nos objets défectueux dans un premier temps au lieu d’en acheter de nouveaux (parfois même à l’identique !). Et, si nous ne pouvons pas faire réparer, posons-nous la question : « Cet objet est-il vraiment nécessaire à mon quotidien ? Ne puis-je pas faire sans ? » Et pourquoi pas alors se tourner vers le matériel d’occasion.
Nous pouvons aussi éviter le suréquipement ; acheter en double au cas où, parce qu’on veut changer quand on veut… En prime, toutes ces mesures seront bonnes pour notre porte-monnaie ! Et si vraiment, on est obligé d’acheter, évitons le surdimensionnement. Ainsi, pour une même catégorie de produit, l’utilisation de produits plus grands (télévisions, smartphones, tablettes…) entraîne des impacts environnementaux (matières premières, énergie…) proportionnellement plus importants. Malheureusement les industriels proposent toujours plus gros, plus grand… satisfaisant aux exigences de l’économie mais mettant à mal notre environnement et accentuant l’impact climatique de nos modes de vie.

Enfin, pour ceux qui veulent aller encore plus loin dans la démarche et la réflexion, ils peuvent se lancer dans un nouveau type de défi : le défi « Rien de neuf ». Cela consiste à n’acheter que des objets d’occasion (vêtements, livres, appareils électro-ménagers et électroniques, meubles…) aussi bien pour la vie de tous les jours, que pour les cadeaux ou les achats-plaisir. Aujourd’hui, les lieux où se procurer des articles d’occasion ne manquent pas : ressourceries, sites Internet dédiés, brocantes… ou encore mieux profiter de dons (des réseaux, souvent locaux, existent un peu partout en France, ou, là encore, de nombreux sites Internet servent d’interface entre donateurs et receveurs).


1 « Modélisation et évaluation des impacts environnementaux de produits de consommation et de biens d’équipement », Rapport de l’ADEME, septembre 2018.
2 Les Entreprises en France, édition 2019, Insee Références.
3 « Modélisation et évaluation des impacts environnementaux de produits de consommation et de biens d’équipement », Rapport de l’ADEME, septembre 2018.
4 http://fr.statista.com/statistiques/532247/renouvellement-mobile-usage-ancien-telephone-france

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