©Emmanuelle Cabot

Le parent qui souhaite prendre le chemin de la parentalité positive, sans menaces, sans cris, ni punitions se tourne généralement vers des ouvrages de référence en la matière. C’est un premier grand pas qu’il fait vers moins de violence en pensant au bien-être de son enfant. Armé de méthodes qu’il suit à la lettre, il cherche, parfois avec peine, à appliquer des recettes afin d’obtenir le résultat qu’il souhaite dans le comportement de son enfant. Et s’il s’agissait, tout simplement, de considérer l’enfant comme un individu avec sa personnalité propre ? Si nous cessions de vouloir ce que nous pensons être bien pour lui mais plutôt ce qui est réellement bien pour lui en comprenant mieux sa véritable nature ? Et s’il ne s’agissait que de lui faire confiance ?

En introduction de son ouvrage La véritable nature de l’enfant, Jan Hunt écrit : « Le secret, c’est de faire confiance aux enfants, d’admettre qu’ils sont plus petits que nous, et moins expérimentés, mais qu’ils méritent d’être traités avec dignité et respect, tout autant que les adultes.1 » Que cela soit Jan Hunt, Maria Montessori, John Holt, Alfie Kohn ou encore Peter Gray, tous ces auteurs se retrouvent en pensant et constatant que l’adulte peut faire confiance à l’enfant. Cette posture, les parents l’adoptent naturellement environ jusqu’aux 2 ans de l’enfant. Il est généralement nourri quand il a faim, dort lorsqu’il est fatigué, apprend seul à se tenir debout, à marcher, à parler ainsi que d’autres tâches. Nous savons que les bébés ont la volonté d’apprendre ce dont ils ont besoin dans le but de comprendre leur environnement et d’y prendre part. Ils grandissent par imitation.
Ensuite, la société perd peu à peu confiance en l’enfant qui essaie malgré tout de s’affirmer pour devenir qui il est. Elle le presse de s’adapter aux contraintes des exigences auxquelles beaucoup de parents sont soumis, c’est- à-dire le travail et l’école. Ces contraintes de temps, d’emploi du temps et de rythmes engendrent du stress, réduisent le temps libre et rendent la tâche difficile à l’adulte qui souhaite être attentif et patient à la maison.

Comprendre son enfant

Jan Hunt établit la liste de tout ce qu’il y a à faire pour ne PAS comprendre un enfant :

1Attendre de nos enfants qu’ils soient capables de faire des choses avant qu’ils ne soient prêts.

2 Nous mettre en colère quand l’enfant ne parvient pas à répondre à nos besoins.

3 Manquer de confiance dans la motivation de l’enfant en mettant en cause sa personnalité alors qu’il peut tout simplement être malade, fatigué, avoir faim, réagir à une blessure affective ou physique, etc.

4 Refuser à nos enfants d’être des enfants sans prendre en considération leur âge (parler fort, chahuter, couper la parole, etc.)

5 Inverser les rôles. Nous attendons que l’enfant réponde à nos besoins : besoin de calme, de sommeil ininterrompu, d’obéissance à nos consignes, et ainsi de suite. Au lieu d’admettre que notre travail de parent, c’est de répondre aux besoins de l’enfant, nous croyons que l’enfant doit répondre à nos besoins.

6Critiquer ou culpabiliser l’enfant qui fait une erreur.

 

7
Oublier combien les critiques et les accusations sont douloureuses pour l’enfant.

8 Oublier à quel point nos actes d’amour sont réparateurs.

 

9 Oublier encore que notre comportement constitue la leçon la plus marquante pour l’enfant.

10 Ne voir que les apparences d’un comportement donné et non l’amour et les bonnes intentions que l’enfant y a mis.

Ainsi, remplacer une méthode par une autre n’aura pas beaucoup d’effet si le parent ne parvient pas au préalable à comprendre ce qu’est l’Enfant, qui est son enfant, le stade de sa maturité neurologique, son mode de fonctionnement et ses besoins.
Sans ces clés, et sans prendre le temps de l’observer, le parent par amour et inquiétude fait preuve de ce qui est appelé « adultisme » (forme de discrimination liée à l’âge), pense souvent savoir ce qui est bon pour son enfant et lui impose des directives : quand dormir, quand manger, quoi apprendre, quels habits choisir, quel jeu utiliser, quel livre lire, etc.

« Ruser » pour ne pas punir

Avec les meilleures intentions du monde, le parent peut empêcher son enfant d’apprendre par expérience directe en décidant et faisant à sa place : « Il faut que tu manges maintenant, ne fais pas ça, tu vas te faire mal, mets un pull, tu vas avoir froid… ». L’enfant qui s’écoute peut ne pas « obéir » au parent et ne pas se soumettre à ce qu’on lui impose car cela n’a aucun sens pour lui. L’adulte peut penser que son « autorité » est remise en question alors que cela n’a strictement aucun rapport avec lui : l’enfant n’est pas « contre » son parent mais « pour » lui-même. Ainsi pour ne pas se fâcher, punir ou frapper l’enfant, l’adulte tente des méthodes de « discipline positive », ruse en manipulant, en proposant, par exemple, de faux choix : « tu préfères les chaussures bleues ou rouges ? » ou bien attend et pose ainsi un ultimatum (comme ne pas sortir tant que le manteau n’est pas mis). Autant de situations crispantes qui génèrent du stress, de la frustration et souvent de la colère des deux parties. C’est la guerre. Mais est-elle vraiment nécessaire ? Elle laisse souvent des traces dans les cœurs à plus forte raison lorsqu’ils sont jeunes et cela altère la relation parent/enfant.

Le laisser vivre des expériences

Anticiper les situations pour avoir le temps de les vivre sereinement et d’accompagner l’enfant est une des solutions. Lorsque le parent a suffisamment confiance en lui-même, il peut oser avoir confiance en son enfant. Ainsi, pourquoi ne pas laisser simplement l’enfant expérimenter par lui-même le fait de sortir sans chaussures ou sans manteau s’il fait froid ou qu’il pleut et ainsi lui laisser la possibilité de comprendre la notion de froid ou de sentir la pluie ? Comprendre enfin l’intérêt de ce qu’on lui dit pour en décider ensuite : « nous mettons des manteaux si nous avons froid » et non pas quand « il fait froid » car cela dépend de la sensibilité de chacun.
L’enfant va-t-il rester pieds nus si le sol meurtrit ses pieds ? Va-t-il se coucher tard à nouveau une veille d’école après avoir vécu une journée plus fatigante et compliquée qu’à l’accoutumée ? S’il est heureux, épanoui et en bonne santé, va-t-il sciemment risquer de déplaire à ses parents qu’il aime plus que tout ? La vraie question à se poser ne serait-elle pas plutôt celle-ci : a-t-il besoin de savoir obéir ou de prendre des décisions justes et responsables en toute autonomie ?

Une coopération familiale

Nous avons vu plus haut que le travail du parent est de répondre aux besoins de son enfant et non l’inverse. Mais il n’est pas question de s’oublier non plus, soit en différant ses besoins ou en trouvant du relai pour garder son enfant. Petit à petit, en grandissant, l’enfant peut comprendre les besoins que ses parents verbalisent avec calme et chaleur et le dialogue peut s’instaurer.
Dans Aimer nos enfants inconditionnellement, Alfie Kohn décrit le constat d’une étude américaine faite en 19712 : « Tout bien pesé, les enfants qui font ce qu’on leur demande sont souvent ceux dont les parents ne comptent pas sur leur autorité et qui, au contraire, ont construit une relation chaleureuse, de confiance et de sécurité affective. Ils ont des parents qui les traitent avec respect, réduisent au minimum le contrôle et mettent un point d’honneur à expliquer leur demande et à en donner les motifs3 ».
Ainsi, avoir les clés pour comprendre son enfant, communiquer avec lui, prendre en considération les besoins de tous et trouver des compromis permettent le vivre-ensemble dans le respect de tous.


La Véritable nature de l’enfant, Jan Hunt, Éditions L’Instant Présent (2007).
2 Stayton, Donelda J, Robert Hogan, and Mary D. Salter Ainsworth « Ingant Obedicence and Maternal Behavior » Child Developpement 42(1971) : 1057-69
3 Aimer nos enfants inconditionnellement, Alfie Kohn, Éditions L’Instant Présent (2014).

Pour aller plus loin

L’Enfant, Maria Montessori, Éditions Desclée de Brouwer (2016).

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