© Jenny Balmefrézol-Durand

On a souvent une vision assez banalisée de l’accouchement, celle transmise par le cinéma : une femme hurlante en blouse d’hôpital sur une table d’accouchement, les pieds dans les étriers, encouragée à pousser par le personnel médical. Si on prend la peine de se renseigner, on se rend compte qu’il existe pourtant de nombreuses façons d’accoucher. De la volonté de donner naissance en hôpital sous péridurale à celle d’enfanter chez soi sans accompagnement, il y a un monde qui vaut le coup d’être exploré avant d’arriver à terme.

Pour définir quel accouchement on souhaite, il faut se renseigner. Y compris quand on pense déjà savoir ! Pourquoi ? Parce que beaucoup de futures mères se retrouvent prises de court le jour J en découvrant que les choses ne se passent pas comme elles l’avaient imaginé. Que l’on soit sûre de vouloir accoucher sous péridurale ou que l’on rêve d’accoucher à la maison, il faut partir à la recherche d’informations.
Savoir, par exemple, que la péridurale a de nombreux inconvénients. Parfois, elle ne fonctionne pas bien (et n’anesthésie qu’un seul côté), d’autres fois elle fonctionne trop et la parturiente ne sent plus rien, même pas la sortie de son bébé. Elle serait également responsable d’interventions qui n’auraient pas eu lieu sans elle (césarienne, forceps…), puisqu’elle ralentit le travail et rend parfois les femmes moins efficaces dans leur poussée. Enfin, la péridurale n’est pas sans conséquences sur le post-partum : les jeunes mères ne peuvent pas tout de suite se lever et soulager leur vessie par elles-mêmes, et peuvent souffrir de maux de tête ou de nausées dans les jours qui suivent (ce qui est handicapant quand on s’occupe d’un nouveau-né).
Vous voulez au contraire un accouchement sans péridurale mais toujours en hôpital. Là-aussi, il faut se renseigner. Quelle est la politique de l’établissement où vous comptez accoucher ? Sont-ils prêts à vous laisser bouger pendant le travail, à ne pas vous placer sous monitoring ?
Ou vous souhaitez accoucher chez vous accompagnée d’une sage-femme. Comment se passe un accouchement à la maison ? Comment procède votre sage-femme ? Quelles seraient les raisons qui pourraient compromettre votre accouchement à domicile et vous envoyer à la maternité ? Quel budget à prévoir pour le matériel demandé ?
Certaines femmes souhaitent enfin accoucher seules sans aide extérieure. Il est dans ce cas indispensable de disposer de toutes les informations nécessaires. Que faire en cas de problème ? Que faire avec le cordon ? Comment se déroule la délivrance (expulsion du placenta) et dans quel délai ?

Le projet de naissance

Les projets de naissance permettent de mettre au clair les souhaits des futurs parents et de les transmettre au personnel médical, idéalement largement en amont. Ainsi, il est possible d’aborder chaque point avec l’équipe (ou la sage-femme si on accouche chez soi, mais généralement dans ces cas-là le dialogue se fait sans problème tout au long de la grossesse), et éventuellement de négocier ceux qui bloquent. Il est important de mentionner dans votre projet les souhaits qui ne font pas partie des pratiques habituelles des maternités.

Refus de la péridurale, d’une injection d’ocytocine, d’une épisiotomie, demande d’être informée de manière complète avant toute intervention, souhait de faire un long peau à peau après la naissance, de permettre une première tétée, de ne pas couper le cordon tout de suite, refus qu’on vous appuie sur le ventre pour l’expulsion du placenta (ou, pire, pendant la sortie du bébé !), souhait que le bébé ne reçoive pas de soins superflus (pesée, mesures, nettoyage) tout de suite, demande d’une sortie précoce si tout va bien : tout cela peut figurer dans un projet de naissance. Afin de recevoir une réaction la plus positive et ouverte possible, soyez diplomate. Si vous manquez d’inspiration, on trouve facilement des modèles sur Internet1.

La mise en place du projet

Si vous rencontrez des résistances, il ne faut pas hésiter à insister. Montrer que vous connaissez votre sujet et que cet accouchement vous appartient. Que faire, cependant, si vous rencontrez une réaction hostile et que rien n’y fait ? Vous pouvez toujours changer de maternité, et cela est possible jusqu’au dernier moment. Si aucune maternité ne vous satisfait, il est toujours possible d’envisager un accouchement à domicile si votre grossesse ne présente pas de risques particuliers. Il faudra dans ce cas trouver une sage-femme qui ne soit pas trop loin de chez vous (pensez au fait qu’elle doit avoir le temps d’arriver pour l’accouchement) et qui fait les accouchements à domicile. Mais sachez que cela peut être difficile à trouver.
Accoucher à domicile a bien des avantages : vous donnez naissance dans votre cocon, dans l’intimité. Cela garantit un accouchement physiologique, un long peau à peau avec votre enfant et des soins réduits au minimum. Si vous avez déjà des enfants, ceux-ci pourront rencontrer leur petite sœur ou leur petit frère tout de suite. C’est, a priori, la solution idéale pour le bien-être de tous, du moins au premier abord. Certaines mères préfèrent passer quelques jours à la maternité pour éviter de replonger tout de suite dans leur rôle de mère de famille et pouvoir faire connaissance avec leur bébé tranquillement. Il faut aussi garder en tête que même si l’AAD2 est un accouchement qui fait rêver, il peut être remis en cause en cas de risques (diabète, hypertension, placenta prævia, siège, grossesse gémellaire ou multiple…) et, en cas de problème le jour J, un transfert dans une structure hospitalière sera effectué. D’où l’importance, lors de votre grossesse, de vous inscrire dans une maternité au cas où.
Enfin, certaines femmes décident de donner naissance seules. On parle dans ce cas-là d’accouchement non-assisté (ANA). Parce qu’elles n’ont pas trouvé de sage-femme qui pratique l’AAD dans leur région, parce qu’elles ont un utérus cicatriciel ou bi-cicatriciel et qu’aucune sage-femme n’a accepté de prendre le risque de les accompagner dans leur accouchement à domicile, ou simplement parce que c’est la mise au monde dont elles ont rêvé. Concrètement, les femmes sont faites pour accoucher seules. Il faut cependant garder à l’esprit que c’est un choix qui se prépare : être renseignée sur le déroulement d’un accouchement, sur les premiers gestes à accomplir, sur ce qui doit alerter en cas de problème, et les attitudes à adopter dans ce cas. C’est aussi prévoir une sage-femme pour visiter la mère et le bébé après la naissance.

Chaque femme doit avoir la possibilité d’accoucher comme elle le souhaite. Pourtant, les déceptions sont nombreuses. Se renseigner, préparer son accouchement en amont permet d’éviter au maximum les désillusions. Être actrice de son accouchement, finalement, ça ne concerne pas que le jour J, c’est un objectif qui se travaille dès le début de la grossesse


1 http://naitreetgrandir.over-blog.org/pages/Exemple_de_projet_de_naissance-5258883.html 
2 Accouchement à domicile.

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