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Depuis mars, notre vie a été bouleversée par l’arrivée d’un nouveau venu dans la famille des virus. Le nommer n’est pas nécessaire, nous l’appelons tous déjà par son petit nom. Il fait frémir ou hausser les épaules, mais ne laisse personne  indifférent. Avec sa survenue, ceux qui n’étaient pas mobilisés pour soigner, nourrir ou maintenir un semblant de société ont traversé une période qui n’était jusqu’alors, pour la plupart, que de l’ordre de la définition : le confinement.

Rester enfermé chez soi pendant un temps illimité, justifier de ses sorties, signer ses propres autorisations. Faire des provisions, des stocks même, être dans l’expectative des dernières nouvelles, scotché à la radio ou à la télévision, tout en désinfectant ses derniers achats. Se méfier des voisins aussi, de sa propre famille. Pour se protéger soi-même, pour protéger les autres. Les plus anciens, les plus fragiles. Cet étrange entre-deux a été vécu par tous, sans distinction. Familles, célibataires, urbains ou ruraux. Jeunes ou vieux. En France et dans le monde entier. Chaque pays avec ses normes, ses règles, ses forces, ses lacunes et son lot de chiffres effrayants. Au sortir de ces quelques semaines, les esprits étaient embrumés. Ankylosés.
Puis, sans véritable logique, nous avons, d’un coup, replongé dans une normalité masquée, soudain encensée. Ce qui était redouté quelques jours auparavant était maintenant loué, et dans certains cas, nos peurs n’avaient plus lieu d’être. Dans certains cas, seulement… Difficile de s’y retrouver.
Habitant une région très peu peuplée durant la basse saison, ce fut comme si quelqu’un avait allumé la lumière d’un coup au beau milieu d’une sieste profonde. En quelques jours, notre zone de confinement naturelle bascula en Q.G. d’hommes, femmes et enfants avides d’air, de soleil et d’espace. De liberté enfin retrouvée. En quelques jours, la population fut décuplée et tout ce qui nous avait été interdit fut balayé d’un revers de la main. « Soyez prudents, mais venez ! Baignez-vous dans l’océan, dans les piscines des campings qui n’attendent que vous. Venez déjeuner, dîner au restaurant, boire des verres en terrasse. Bref, consommez ! Tout en pensant aux gestes barrières, bien sûr… Mais venez ! » Martellement d’incantations à un retour à une vie presque normale. Le diable se situant dans le presque. Un presque qui change tout. Certains d’entre nous n’étaient toujours pas autorisés à voir leurs parents, mais le monde entier venait de débarquer sur les plages que, quelques semaines plus tôt, nous n’étions pas autorisés à fouler, seuls.
L’été fut harassant, surpeuplé. Fréquentation en hausse de 40 % dans notre région. Mais les vacanciers furent satisfaits. Ils ont bien fait leur devoir, repris leur vie à 3 000 %, tenté de rattraper le temps perdu. Et ce faisant, ils ont rendu le sourire aux commerçants masqués qui se targuent, aujourd’hui, d’afficher leur meilleur chiffre d’affaires de ces vingt dernières années. Ils sont harassés aussi, mais qu’importe : l’argent est rentré.

Une pause nécessaire

Et il y a les autres. Ceux pour qui le confinement fut accueilli, au-delà de la peur de l’inconnu, de sa soudaineté et de sa virulence, comme une respiration attendue depuis longtemps. Une pause nécessaire dans un monde au bord de l’asphyxie depuis si longtemps. Si le virus s’attaque aux voies respiratoires, il a permis, le temps d’un confinement, de libérer un tant soit peu celles de notre planète qui suffoque tous les jours davantage. Du jour au lendemain, cette part de la population a eu le privilège d’avoir le temps de revenir à elle, à l’essentiel, à la vie. Elle a eu tout le loisir de regarder, de redécouvrir pour certains, ses enfants, son conjoint, son chez-soi. Elle a également eu le temps de mesurer le manque de ceux qu’elle ne pouvait plus voir, la valeur de ce que, jusqu’alors, elle avait pris pour acquis. L’espace offert par cet étrange moment de vie lui a permis de se questionner, de creuser des idées qu’elle n’avait, en temps normal, que le temps d’effleurer.
Eh oui, car ce visiteur microscopique dont tout un chacun se serait bien passé a su mettre à jour les grandes questions de nos sociétés, celles que l’on n’osait pas, avant lui, poser à voix haute. À la radio ou à la télévision, on a commencé à parler de la nécessité de changer notre société en profondeur, de limiter notre façon de consommer, de l’urgence à repenser nos priorités. On a entendu des voix jusqu’alors inaudibles. Une soupape s’est ouverte, libérant un flot de paroles prônant la nécessité de changer de paradigme de toute urgence. Des personnes qui, jusqu’alors, alertaient sur des médias spécialisés, furent les invités réguliers des plateaux mainstream. Et ces mots, lâchés aux oreilles d’un grand public ô combien disponible, ont eu un effet bœuf. Une prise de conscience s’est produite, des graines ont été semées dans ces esprits désœuvrés, peut-être pour la première fois. Certains ont eu peur, zappé et se sont réfugiés dans les bras de Netflix ou autre plateforme du genre, antidote à des pensées trop déstabilisantes. Mais d’autres sont restés et ont entendu. Écouté. Encaissé. Et ils ont su transformer l’énergie de ces mots. Ils ont su puiser une force dans la paralysie apparente de ces journées d’isolement. Et cette force individuelle, si infime fut-elle, a permis à un maillage de conscience de se constituer. Hasard des synchronicités ? Le calendrier politique fut tel qu’après le second tour, le paysage s’était verdi. C’était le printemps, il est vrai…

Retour à l’humilité

En cette rentrée aux températures record et aux chiffres de contaminations en hausse, il faut oser croire que le retour à soi de milliers d’individus aura donné l’élan d’un retour aux autres en conscience. Un retour vers plus de dialogue, d’échanges et de respect entre les êtres humains. Un retour à une société plus regardante des conséquences de ses décisions, de ses choix et de son art de vivre. Un retour à une uniformisation, non pas des masses et de la consommation, mais du bon sens, de l’équilibre et du respect de la nature. Cette dernière n’est pas un simple décor dans lequel nous aimons nous promener de temps à autre ; elle ne se réduit pas à ces animaux sans territoires que nous côtoyons dans les zoos ; elle n’est pas l’eau que nous bridons en construisant des monstres de béton ; elle n’est pas les forêts que nous plantons, arbres en rangs parfaits comme de petits soldats avant d’être coupés puis transformés en papier ; elle n’est pas l’un de ces vulgaires objets que nous consommons. Non, elle est tellement plus. Elle nous permet de manger, boire et respirer. Elle nous permet d’exister. Et si nous sommes en vie grâce à elle, elle n’est pourtant pas extérieure à nous. Elle coule dans notre corps. Elle est notre sang, nos os, nos cellules, nos cheveux, nos larmes et nos sourires. Ensemble, elle et nous, ne sommes qu’un. Continuer plus longtemps à la toiser tel que nous le faisons depuis des décennies est non seulement puéril, mais suicidaire. Le tableau est simple : sans elle, l’espèce humaine n’a aucun futur. Puisque – faut-il encore le rappeler ? – nous sommes la nature.
Humilité, terme dérivé du mot latin Humus, la terre. Tout comme Homo, l’homme.
Oui, retrouvons l’humilité de notre nature propre pour être en résonnance avec la réalité des besoins du monde qui nous entoure. Pour entendre les messages clairs que la nature nous envoie sans discontinuer ces derniers temps et que, fous, nous refusons encore d’entendre. Tout nous appelle à un retour à cette humilité. Avec urgence et dans l’amour. Revenir à soi, pour mieux revenir au monde. Et si c’était la leçon à retenir de cette période étrange ?

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