© Genoveva Desplas
L’une des observations la plus importante que je fais lors de mon travail auprès des parents et des éducateurs, c’est qu’une bonne partie des « problèmes » rencontrés dans la relation avec les enfants sont liés au message transmis par les étiquettes1. Une particularité dans le langage utilisé lors de certains récits laisse entrevoir ce fait. Lorsqu’ils parlent de leurs enfants, les parents utilisent un langage qui évalue et catalogue, comme si les êtres humains devaient se développer tous de la même manière, au même rythme, avec les mêmes besoins, le même seuil de tolérance aux désagréments de la vie, les mêmes goûts et opinions : Lorenzo a beaucoup de mal à se concentrer. Justine se plaint de tout, elle n’est jamais contente. Emma n’arrive pas à s’adapter quand elle sort de ses petites habitudes. Parfois, par manque d’information, des caractéristiques liées à l’âge sont perçues comme des tares ou des défauts. Il y a dans ce type de langage une ligne très fine entre la garantie rassurante de bien connaître son enfant et le désespoir d’une prophétie, d’un problème qui ne peut qu’empirer, surtout dans les cas de comportements répétitifs. Nous connaissons les dangers des rôles et des étiquettes. Un enfant reproduit et adopte rapidement l’image que l’on a de lui. Lorsque nous le traitons de bagarreur, il agit comme tel et, même si nous n’avons cette image que dans notre tête et que nous nous adressons à lui sans lui dire clairement qu’il est « bagarreur », il s’identifiera ainsi. Que faire pour libérer les enfants de ces rôles ? Alors que certains parents se plaignent de l’incapacité (comme ils l’appellent) de leur enfant à jouer tout.e seul.e, d’autres s’inquiètent de voir leur enfant jouer seul.e. Ils voient cela comme une « incapacité » à socialiser. Ils imaginent que leur enfant n’aura jamais de copains.

Lorenzo a beaucoup de mal à se concentrer

Les parents de Lorenzo, 7 ans, reçoivent régulièrement des mots de sa maîtresse : « Lorenzo a du mal à se concentrer, il faudrait le cadrer davantage, lui expliquer qu’à l’école on se met au travail. » Ses parents répètent « Concentre-toi ! » Lorenzo a une baisse de motivation quand son père lui propose de réviser ses leçons ensemble. Le temps des devoirs est un moment pénible pour toute la famille. « Il est tête en l’air ce petit », dit sa mamie à chaque fois qu’il reste dormir chez elle. Elle se plaint de lui avoir acheté un grand choix de livres avec des petites énigmes et des jeux éducatifs, pour rien. Lorenzo les feuillette un peu, il fait des petits dessins dessus et les met de côté au bout de quelques minutes. Comment aider Lorenzo à se libérer de cette image qui l’empêche d’être lui-même ? Adele Faber et Elaine Mazlish proposent des astuces pour arrêter de cataloguer et d’emprisonner les enfants et pour les accompagner vers une liberté […]

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