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Mon fils n’aime pas les fêtes de famille, dois-je l’obliger à venir ? L’image de joie de la fête de famille n’est pas toujours fidèle à la réalité. Derrière la jolie photo se cache parfois un mal-être. Les enfants s’amusent-ils vraiment et toujours lors de ces événements ? Est-ce que ces rencontres laissent des traces importantes chez les enfants ? Devons-nous, parents, écouter nos enfants et respecter leur désaccord lorsqu’ils refusent d’y assister ? Que faire pour trouver un compromis entre obligation morale et familiale et respect pour l’enfant ?

Je suis surprise, en écoutant des témoignages, de voir à quel point une fête peut parfois provoquer des sentiments d’amertume et d’impuissance chez certains parents. Que ce soit du côté de l’enfant qui s’ennuie, qui s’exprime « trop », qui reste à l’écart ou qui se met en colère juste parce qu’on lui annonce qu’il est temps de se préparer pour le mariage de sa tante, ou bien du côté du parent, épuisé d’avance de devoir entendre les remarques désobligeantes des conviés vis-à-vis de son enfant et de prendre sur lui pour ne pas y répondre. Plus encore, de voir le poids de ces événements dans le schéma moral d’une société, d’une famille ou d’une personne. Le mot qui revient souvent et qui m’a fait voir cela, c’est le mot « obligation ». Jamais je n’aurais pensé que ce mot-là, qui, dans le dictionnaire, désigne en effet l’aspect moral, aurait pu être appliqué dans notre langage courant à des événements et des rencontres entre personnes. Pourtant, voici ce que l’on peut lire dans le dictionnaire, au sujet d’« obligation », ses synonymes et ses contraires : « 1. Devoir, contrainte imposés par des règles morales, des lois sociales ; impératif : Ce n’est pas une obligation de les inviter tout de suite. Synonymes : contrainte, engagement. Contraires : faculté, liberté, loisir, possibilité. 2. Contrainte imposée par les lois […] 3. Lien de droit par lequel quelqu’un est tenu de faire ou de ne pas faire quelque chose. 4. Nécessité imposée par une situation contraignante quelconque : Partir était pour lui une obligation. »

Peut-on considérer les fêtes de famille comme des obligations ? Elles sont, pour la plupart, imposées par des traditions, et d’un point de vue plus positif, par le besoin ou l’envie de se retrouver entre membres d’une famille au sens large. Ces obligations sont parfois de malheureuses contraintes. Lorsqu’elles sont mal vécues, certains franchissent le pas et renoncent à y aller définitivement, d’autres continuent à y aller même si cela ne représente pas un plaisir. La peur de blesser la parenté est plus forte que le fait de passer une journée à être abreuvé d’instants toxiques pour aller les vomir plus tard.

Lors des échanges entre parents, j’entends « Il est obligé d’y aller ». Ces affirmations, dites avec beaucoup de conviction au départ, prennent un ton plus doux, voire disparaissent, après une prise de conscience profonde. Tout un ensemble de croyances diminuent en force pour être remplacées par l’écoute et le dialogue.

Avant, on ne se posait pas la question

Oren, 7 ans, déteste les fêtes de famille, surtout les mariages « On fait que rester assis et ça parle fort… », dit-il. Issu d’une famille nombreuse où plusieurs générations se succèdent, Guillaume, son père, reçoit une invitation à chaque événement familial. Il est hors de question pour lui de les refuser. Lorsqu’on demande à Guillaume de se souvenir des fêtes de famille pendant sa propre enfance, il sourit en disant « Je n’ai pas vraiment un souvenir marquant, de toute façon mes parents ne me demandaient jamais si je voulais y aller ou si j’aimais cela, on ne se posait pas la question. »

Quand les enfants (ne) sont (pas) invités

Il y a des invitations « sans enfants », d’autres où c’est spécifié « enfants bienvenus ». Je me force à m’arrêter là dans ce débat tellement ces phrases me révoltent tant il est criant que l’intention première, ici, est le confort de l’adulte et que celui-ci passe au-dessus du confort de l’enfant. S’il était écrit « sans personnes âgées » ou « sans adultes âgés de 60 à 70 ans », la fête ferait la une des journaux tellement c’est choquant.

Si votre enfant s’amuse lors des fêtes de famille ou s’il n’est pas obligé d’y aller et peut rester avec un adulte de confiance et apprécié par lui ou elle pendant votre absence, vous pouvez arrêter la lecture ici.

Il est obligé d’y aller

Le fait est que l’enfant continue à être « le problème » et que son intégration dans la société suscite des aménagements, ceux-ci la plupart du temps pour le plus grand confort des adultes.

Je parle d’intégration parce qu’il s’agit d’inclure et je dirais même de donner l’occasion aux enfants de vivre des expériences que nous considérons comme bénéfiques, comme intéressantes et enrichissantes pour eux. En se posant la question clairement « Pourquoi est-ce que je veux que mon enfant assiste à tel événement ? », l’une des réponses qui vient en premier est parce qu’il fait partie de la famille et parce qu’il est important qu’il passe du temps avec ses cousins et ses cousines, ses oncles et ses tantes, ses grands-parents. Parce que les fêtes de famille sont des événements importants. Si c’est si important, y aurait-il une solution pour que tout se passe bien ?

Voici quelques idées pour mieux vivre ces moments

En attendant l’évolution de la pensée et une mise en échelle des obligations morales, que pouvons-nous faire pour intégrer les enfants sans les obliger, en espérant que cet article n’aura plus de sens dans un avenir davantage soucieux du respect pour les enfants ?

Le changement d’identité

La première fois que Sandra a été invitée à une fête d’anniversaire, tous les enfants présents étaient déguisés. Sandra a associé l’idée de faire la fête au fait de se déguiser. Lors des fêtes de famille, Sandra veut y aller déguisée. « C’est ridicule ! dit Mamie, on a tous de belles tenues ! » La maman de Sandra a décidé de franchir le pas malgré tout et cela fait plusieurs fois que Winnie l’ourson et Peter Pan prennent place dans la jolie photo (oui, au grand désespoir de Mamie, ce n’est jamais une belle robe de princesse que Sandra choisit pour cacher son identité).

Faire une liste de missions

Préparer une liste d’activités avec l’enfant, comme compter les invités qui portent des chaussures noires, faire un herbier si la fête se passe dans un jardin ou dessiner les invités.

Apporter ses jouets

Prendre un sac avec des personnages pour en faire une histoire (parler de la possibilité de partager et de prêter ses jouets et respecter le choix de l’enfant).

Suggérer une animation pour les enfants

Il est fréquent que les organisateurs de mariages et d’autres événements pensent à une animation spéciale pour les enfants mais parfois, ils ne savent pas comment s’y prendre si le mariage est planifié par un membre de la famille : où trouver la bonne personne et le type d’atelier à proposer selon les âges. Ils apprécieraient sans doute des suggestions de parents ayant l’habitude des fêtes d’enfants.

Ciné-club

Communiquer avec les organisateurs sur la possibilité d’un espace de projection d’un film pour les petits invités avec un « grand écran », par exemple un mur blanc ou un écran avec un projecteur, cela se trouve facilement à l’emprunt ou en location. Il s’agit, certes, d’un moment où les enfants seraient devant l’écran mais si la séance est bien organisée, le film choisi avec soin et l’espace aménagé confortablement, cela serait une séance cinéma à proposer au moment où les adultes ne font que rester assis, manger et parler.

Un coin lecture

Sur la même idée que la séance cinéma, une personne peut être embauchée pour faire des lectures ou des ateliers-contes pour les enfants.

Avez-vous d’autres idées ?

L’affaire devient complexe lorsqu’un enfant prend un certain plaisir à assister à la fête mais qu’il fait l’objet de remarques désobligeantes de la part des invités. Ce sera le sujet de la seconde partie de cet article.

Mère d'un enfant né en 2003, diplômée en Communication, Je suis formatrice, organisatrice et animatrice d'ateliers divers dans le milieu associatif et pour parents et enfants bilingues. J'ai suivi les formations Faber et Mazlish et j’anime ces ateliers en français et en espagnol. En 2009, je participe à la rédaction du guide "Animer en langue maternelle, un jeu d’enfants !", outil de formation au sein de l’association D’une langue à l’autre.

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