© Jenny Balmefrézol-Durand
L’écriture de cet article a une résonance toute particulière en moi. La spirale infernale des pensées suicidaires, je la connais bien, depuis ma petite enfance. J’ai choisi de partager mon histoire ici, pour libérer la parole sur un sujet tabou. Pourtant, partager, sentir que l’on n’est pas seul.e, est un pas crucial hors du gouffre. Aujourd’hui, dans le monde, toutes les quarante secondes, une personne se donne la mort1. Si le profil des suicidés diffère selon les pays, aucune catégorie sociale, âge ou région n’est épargné. C’est la seconde cause de mortalité chez les 15-24 ans. En France, l’un des pays d’Europe au taux de suicide le plus élevé (vingt-quatre décès par jour)2, 3 % des jeunes de 17 ans ont déjà été hospitalisés suite à une tentative de suicide et, chez les 15-19 ans, un jeune sur dix a déclaré avoir pensé au moins une fois au suicide au cours des douze derniers mois. L’âge moyen de la première tentative est de 13,6 ans... Sasha Goldsztein et Isabelle Duret, docteures en psychologie, décryptent la tentative de suicide chez les jeunes comme « une tentative de se faire exister3 » notamment en regard de dysfonctionnements familiaux. En filigrane, elles révèlent une recherche de lien, de contenant, de maîtrise ou encore de reconnaissance, plus que l’envie d’en finir... Il est difficile d’identifier les raisons qui poussent au suicide, tant elles relèvent de facteurs individuels, relationnels et sociaux qui s’entrecroisent et se renforcent. Parmi les « groupes à risques » on retrouve les minorités sexuelles, les personnes âgées, les agriculteurs... Les hommes se suicident plus que les femmes parce qu’ils utilisent des moyens plus drastiques pour se donner la mort, mais le taux d’hospitalisation pour tentatives de suicide est plus élevé chez les femmes. Chez les jeunes, les tentatives de suicide sont deux fois plus fréquentes chez les filles, de même que les pensées suicidaires.4 La fin de vie, qu’elle soit due à la vieillesse ou à la maladie, est aussi un moment de grande vulnérabilité. En Suisse et en Belgique, le suicide médicalement assisté offre une alternative sereine aux personnes atteintes de maladies incurables allant entraîner le décès à brève échéance. La Belgique est d’ailleurs le premier pays au monde à avoir légalisé l’aide au suicide pour les mineurs en 2014 sans condition d’âge5. En Suisse, les associations actives dans l’aide au suicide, comme Exit et Caritas, attirent aussi des personnes venues de pays voisins pour être épaulées dans la mort. En France, depuis 2016, la sédation profonde et continue jusqu’au décès est autorisée pour les adultes en fin de vie. Mais l’accès à ce droit reste difficile et les conditions d’application laissent de côté nombre de cas.

Mon cheminement

Mes premiers souvenirs d’un désespoir profond, couplé à une grande lucidité, celle d’être prisonnière d’un corps que je n’avais pas choisi, remonte à mes 3 ou 4 ans. Je me souviens avoir voulu casser mon crâne pour m’envoler loin de l’expérience […]

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