© Clélia Lepelletier
De trois à deux, de quatre à trois, de cinq à quatre… Certaines familles voient leurs vies se faire amputer d’un membre : le papa ou la maman, le mari ou l’épouse, ne sont plus. La douleur de la perte comble l’absence, les enfants raccrochent à la vie, il faut continuer. Face à la disparition, veuf ou veuve s’efforcent de maintenir le cap vers l’épanouissement des enfants, le décès marquant une transition vers une « autre vie ». Seul du jour au lendemain, le parent qui « reste » à la suite du décès, parfois brutal, du conjoint se retrouve malgré lui à la tête d’une famille monoparentale. Les couples divorcés ou séparés sont déjà sur les rails de cette vie de famille monoparentale à la mort d’un parent même si cela n’ôte en rien la douleur de la perte pour l’enfant et le parent qui reste. Le veuvage dit précoce est tabou dans notre société car lié à la peur de la mort avant le « vieillissement » et il reste dans l’ombre de la monoparentalité. Il touche trois fois plus souvent les femmes (vers 41 ans en moyenne) que les hommes, celles-ci se retrouvant souvent du jour au lendemain précarisées. Le décès d’un des deux parents est un réel bouleversement conjugal, familial et matériel1. Aujourd’hui, le veuvage « précoce » est invisible, le parent qui reste avance seul, tête baissée. Victime d’un accident de la vie, le bonheur du conjoint encore en vie semble figé dans le passé. Encore en couple ou marié, celui qui « reste » continue de penser à l’autre avec qui il était heureux. Le « survivant » se met bien souvent en responsabilité de ces trois plans : son bien-être personnel (souvent relégué au dernier plan), le bien-être des enfants et la gestion d’un emploi. Entre le temps passé au travail et celui passé avec les enfants, il a peu d’espaces disponibles dans sa journée pour exprimer sa souffrance. Il faut vivre avec la douleur en arrière-plan. Les fêtes de famille, Noël, anniversaires ne sont plus synonymes de joie et marquent l’absence. La solitude est plus ressentie à certaines heures de la journée.

Les hommes plus longtemps soutenus que les femmes

Des témoignages que nous avons recueillis, nous avons relevé une disparité dans le soutien. Le regard porté sur un papa et une maman est très différent. Le papa seul apparaît courageux et attendrissant. Il est souvent plus soutenu par son entourage et par les personnes en contact avec ses enfants sur le long terme que les femmes. Pour les femmes, généralement, un an après le décès du conjoint, l’entourage se lasse, voire s’agace de la situation qui souvent dérange. « Il est temps de passer à autre chose… » est une ritournelle entendue par chacune des personnes interrogées.

Quand le défunt devient une icône

Pour le parent qui reste, la vie s’est figée et le passé est parfois fantasmé. Le parent disparu peut devenir une icône pour lui ou ses enfants ou encore […]

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