© Sophie Elusse
Je me souviens de la première fois où mon aîné est allé, seul, jusqu’à la boulangerie acheter du pain. Il était à la fois légèrement inquiet et extrêmement fier. Il avait 7 ans ; il allait déjà seul à l’école depuis quelques mois. Il faut dire que nous n’habitions pas loin, il n’avait qu’une rue à traverser, la nôtre. Je pouvais ainsi le suivre des yeux lorsqu’il sortait de la maison. Il avait d’ailleurs pris l’habitude de se retourner une fois arrivé sur le trottoir d’en face pour me faire un petit signe de la main accompagné d’un grand sourire. Ensuite, il suivait toujours le même trottoir, tournant simplement deux fois à droite jusqu’à parvenir à la grille de l’école : un jeu d’enfant ! Bref, ce fameux jour où je l’ai laissé pour la première fois aller seul à la boulangerie, il m’avait demandé, quelques jours auparavant, s’il pouvait tenter une nouvelle expérience : celle d’aller « acheter le pain tout seul ». La boulangerie était à peine plus loin de la maison que l’école. Il lui suffisait, là encore, de traverser la rue en sortant de chez nous, puis de longer le trottoir, mais dans la direction opposée à celle qu’il prenait pour se rendre à l’école, pour, une fois parvenu au bout, tourner au coin et se retrouver devant la boulangerie. Ce jour-là je lui demandai donc d’acheter un pain au levain. Je lui en indiquai le prix, mais choisis de ne pas lui remettre le compte juste, ni même une ou deux pièces qu’il aurait tenues dans sa main, mais plutôt de lui confier mon porte-monnaie. Il savait reconnaître les pièces, il m’a simplement demandé, avant de partir, combien coûtait un pain au levain et, s’il donnait trop, si on lui rendrait la monnaie. Après l’avoir informé et rassuré, je l’ai laissé partir, heureuse de le voir franchir cette nouvelle étape. Quelques minutes plus tard, il était de retour, un grand sourire éclairant son visage, mon porte-monnaie dans une main, le pain dans l’autre, satisfait d’avoir relevé le défi et prêt à recommencer. Il y eut bien sûr d’autres expéditions à la boulangerie, que nous avons, par la suite, déclinées à l’envi.

Toujours plus, toujours plus loin

Voici quelques autres situations que nous avons expérimentées, mon fils et moi. Je lui ai parfois demandé de se rendre à l’épicerie du coin, muni d’une petite liste de choses à acheter. Dans ce cas aussi, je lui confiai mon porte-monnaie. Il y eut aussi ces fois où, au marché, pendant que je faisais la queue aux légumes, par exemple, je lui demandai d’aller acheter un pot de miel quelques étals plus loin. Plus tard, toujours à sa demande, il y eut :
  • des achats pour préparer une fête ou pour bricoler (se fabriquer un déguisement, refaire la déco de sa chambre, etc.) ;
  • une sortie au cinéma avec ses copains ;
  • un déjeuner à […]

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