© Camille Masset Stiegler

Vous allez vous dire que j’enfonce des portes ouvertes quand je dis qu’il est essentiel, lorsqu’on est parent, de prendre une pause. Tout le monde sait ça. Il faut prendre du temps pour soi. C’est nécessaire, et en plus c’est tendance, on peut se prendre en photo avec sa tasse de thé et sa lecture en cours et la poster sur Instagram avec le hashtag #slowlife. Oui, mais savoir ralentir, ça ne se limite pas à se prendre dix minutes dans la journée pour souffler.

Parce qu’une bonne boisson chaude savourée pendant quelques instants au milieu d’une journée où on passe son temps à courir, ça fait certes du bien mais ce n’est qu’un court répit. Reconnaissons-le, en tant que parent, on a souvent du mal à prendre son temps. On est toujours débordé, même quand on n’a rien (d’urgent) à faire. Et quand le temps mort tant espéré arrive, on s’empresse de le remplir par une tâche qui pourrait attendre « mais puisque j’ai le temps maintenant, autant le faire ». Est-on devenu incapable de s’arrêter ?

Il y a quelque chose de presque maladif dans le rapport au temps des parents. Leur quotidien est si rempli que le moindre espace vide doit être productif. Prendre juste du temps pour soi ou en famille devient du temps « perdu » : on pourrait préparer le repas, faire le ménage, avancer dans la paperasse… Pourtant, ils sont précieux ces moments, on les attend, on fantasme dessus parfois ! Mais pourquoi sont-ils si rares ? Est-ce si difficile de faire une pause ? Bien sûr, le quotidien des parents est plein de contraintes et de choses à faire. Mais se positionner différemment peut l’alléger.

Mes enfants ne sont pas scolarisés, nous sommes en unschooling, et je travaille majoritairement à la maison, le soir. Notre quotidien est donc soumis à peu de contraintes. Pourtant, même dans ce contexte, j’ai l’impression de ne pas arrêter. Tant que j’ai du temps, je le remplis. La difficulté est donc d’arrêter de vouloir rentabiliser la moindre minute disponible. Certes, le quotidien d’une famille « non-sco » peut vite être foisonnant, entre les activités, les balades, les amis et les choses du quotidien. Mais il permet aussi de se réserver des temps morts. Ces temps où les enfants jouent, et où je pourrais m’asseoir avec un livre ou jouer avec eux. Ces moments aussi où nous marchons dans la rue et où on pourrait aller plus lentement. Ces instants où les enfants s’attardent près d’un cours d’eau et où je devrais m’arrêter et les laisser profiter plutôt que de leur demander de reprendre leur route au bout de deux minutes « parce qu’on va être en retard ».

Finalement, malgré un choix de vie atypique, je suis conditionnée : il faut être efficace et productive. Pourquoi s’imposer ça ? Par peur de l’ennui […]

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