© Camille Masset Stiegler

Nul n’est parfait et les parents l’ont bien compris. Nous qui voulons faire le mieux pour nos enfants, nous nous mordons les doigts dès que nous faisons « mal » les choses (différemment de ce que l’on aurait voulu). Nous nous en voulons parfois longtemps, parfois même toute une vie. La culpabilité fait partie intégrante de la vie de parent, mais pour avancer, il faut apprendre à l’apprivoiser.

L’idée n’est pas d’envoyer toute idée de culpabiliser aux oubliettes. Déjà c’est probablement impossible, et ensuite la culpabilité a un rôle. Elle tire la sonnette d’alarme quand nous avons agi d’une manière qui nous semble problématique. À nous d’en tirer les enseignements nécessaires pour pouvoir passer à autre chose. Cela implique parfois un lourd travail de notre part, particulièrement dans le cas d’émotions difficiles à gérer pour nous, de schémas qui se répètent sans arrêt… Par exemple, si j’ai tendance à me mettre dans des colères noires dès que mon enfant refuse de ranger ses affaires, il faut que je me demande pourquoi je réagis de manière si disproportionnée. Qu’est-ce que ça m’évoque ? Comment mes parents ont-ils géré la question du rangement avec moi ? Quelles émotions est-ce que ça réveille en moi ? Comment est-ce que je vis le bazar, est-ce que ça m’angoisse ? Est-ce que c’est l’idée de devoir faire à la place de mon enfant qui me met hors de moi, et dans ce cas est-ce que je ne serais pas en train de crouler sous les choses à faire ?

Changer de schéma

La culpabilité n’est pas agréable à porter et elle est parfois lourde mais elle nous invite à reconsidérer les choses afin que des situations plus ou moins néfastes ne se reproduisent pas. En cela, il faut la remercier, elle est là pour nous amener à changer, pour nous faire prendre conscience de la gravité de certaines situations.
Malheureusement, très souvent, les parents culpabilisent au moindre faux pas. S’il est normal de culpabiliser car on a, par exemple, crié sur son enfant, il n’est nul besoin de se flageller si on a oublié de mettre sa tenue de sport dans son cartable… Les plus petits détails nous rappellent que nous voulons être des parents parfaits, et c’est pour ça que nous culpabilisons pour tout et rien. Culpabiliser pour une étourderie, un oubli, un détail matériel qui n’a que peu de conséquences est inutile. En revanche, s’en vouloir d’avoir crié ou, pire, d’avoir eu un geste violent envers son enfant est sain puisque cela nous invite à reconsidérer notre attitude et ce qui cause nos réactions. À nous ensuite de travailler sur nous, de comprendre la cause profonde de notre mal-être et de guérir nos blessures intérieures. Expliquer à notre enfant qu’il n’est pas coupable est important aussi, afin qu’il ne porte pas lui aussi la culpabilité de nous avoir mis en colère. Les enfants sont capables très jeunes de comprendre que leurs parents peuvent, eux-aussi, être débordés par leurs émotions, et ils ont une plus grande indulgence que nous à ce sujet (ce qui ne signifie pas qu’il ne faut pas travailler à mieux gérer nos états d’âme).

Les regrets

Tous les parents y font face : « Si j’avais été mieux informée, j’aurais allaité mon fils », « Si je m’étais écoutée, j’aurais pris un congé parental », « Si j’avais su, je l’aurais plus portée, j’aurais dormi avec elle »… Avec des « si », on peut aller très loin, mais rien ne sert de ressasser quand on ne peut rien changer. Souvent, ces regrets deviennent plus forts lors de l’arrivée d’un second ou troisième enfant, quand nous nous rendons compte du traitement différent que nous accordons à chaque membre de la fratrie. Le premier a l’avantage d’avoir l’exclusivité de ses parents mais aussi le désavantage d’avoir des parents débutants, parfois peu entourés, stressés… Des parents qui vont parfois trop écouter les conseils de l’entourage sans se fier à leur propre ressenti et sans écouter leurs convictions, se laisser impressionner par les discours moralisateurs et parfois alarmistes des médecins et des PMI (sur l’allaitement – « après 6 mois ça ne sert à rien, votre lait n’est pas assez riche », sur le cododo – « vous allez étouffer votre bébé », sur le portage – « il ne se détachera jamais de vous », etc.). Avec notre premier enfant donc, nous avons souvent tendance à être impressionnables, peu sûrs de nous, et nous allons écouter tous ces « bons » conseils prodigués par des personnes compétentes et expérimentées. Le temps passant, nous prenons de l’assurance. Parfois nous changeons de cap au bout de quelques mois, parfois nous attendons le deuxième enfant. La vie avec un deuxième bébé est moins compliquée, plus chargée certes, mais plus sereine car nous savons comment fonctionne un tout-petit (même si chacun est différent) et nous avons plus confiance en nos capacités de parents. Nous sommes moins stressés face aux pleurs, plus détendus face aux situations difficiles, plus dans le lâcher-prise et plus à l’écoute de nos convictions et de notre instinct de parent. Plus assurés, aussi, face aux critiques de l’entourage proche ou lointain.

Se pardonner

La vie est faite de suites de choix, d’erreurs et de réussites. Il est difficile d’accepter que nos enfants soient des cobayes dans notre existence. On voudrait simplement leur donner le meilleur, mais pour cela on expérimente, la recette du parent parfait n’existant pas, nous n’avons pas le choix… Il faut donc accepter que nous avons fait et ferons encore des erreurs dans notre vie de parent. Le meilleur moyen de l’accepter est probablement de prendre conscience que la plupart des choses sont réparables d’une manière ou d’une autre. Par exemple, ce n’est pas parce qu’on a voulu que notre bébé dorme seul que l’on ne peut pas passer au cododo (permanent ou occasionnel) en cours de route. De même, ce n’est pas parce que nous avons eu du mal à garder notre calme lors de certaines situations que l’on ne peut pas corriger le tir en étant plus détendu maintenant. Certes, ça ne change pas le passé, mais ça améliore grandement le présent et l’avenir ! Or, notre aspiration à tous est d’être heureux, dans le présent et dans l’avenir. Le passé a bien sûr son rôle à jouer dans notre vie présente et future mais il faut savoir le dépasser, et les enfants font souvent ça mieux que nous. Le tout est de ne pas rester dans un schéma qui nous déplaît et qui n’est pas en accord avec nos valeurs. Si nous corrigeons, réparons, nous pouvons nous pardonner, car nous avons reconnu notre erreur et nous avançons pour progresser. En revanche, il sera impossible de réussir à nous pardonner si nous continuons dans un fonctionnement qui ne nous convient pas.

Indulgence et acceptation

Ce qui est probablement le plus dur, lorsqu’on est parent, c’est de faire le deuil de notre rêve de parent parfait. Lorsqu’on attend un premier enfant, on n’imagine pas à quel point cela va être difficile de vivre avec ce petit être et de l’accompagner jour après jour. On n’imagine pas la fatigue, les nuits parfois extrêmement hachées, le stress, le sentiment d’être débordé, submergé, le besoin de respirer… On n’imagine pas les remises en question de nous-même, de notre propre enfance, de l’éducation que nous avons reçue, les questionnements et les émotions qui vont émerger… On n’imagine pas le travail dans lequel on se lance : celui de construire notre vie de famille à notre manière, en se déconditionnant, en inventant notre propre façon de fonctionner. C’est tout de même énorme. Être parent, c’est à la fois s’occuper du mieux possible d’un ou de plusieurs petits êtres mais aussi déconstruire nos anciens schémas pour en construire de nouveaux. Un chemin qui n’est évidemment pas sans ornières. Et c’est quelque chose qu’il faut accepter. Dans la vie, nous faisons des erreurs, et notre métier de parent n’y fait pas exception. « Pardonne-toi et fais mieux demain » devrait être le mantra de tout parent. Progressons, donc, à notre rythme, et avec amour.

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