© Jenny Balmefrézol

De la pollinisation des abeilles dépend près de soixante-dix pour cent des aliments que nous consommons pour vivre et grandir. Ne se contentant pas de cette mission, les abeilles produisent miel, propolis, gelée royale, pollen, cire et venin : la ruche regorge de médecines douces et efficaces qui ne datent pas d’aujourd’hui. Identifié parmi les remèdes de grand-mère, le miel est bien connu. Qu’en est-il des autres produits de la ruche ? Quelles sont leurs vertus et comment les utiliser ?

Quinze mille à soixante mille ouvrières, jusqu’à deux mille faux bourdons1 pour une seule reine : la ruche pourrait être comparée à une entreprise coopérative très organisée qui fonctionne avec précision et où chaque élément a une importance capitale. Par définition, apithérapie signifie « médecine des abeilles » (du latin apis, abeilles, et du grec « thérapie », cure, soin). « L’apithérapie est donc l’action des abeilles pour stimuler nos forces vitales, soulager nos maux et nous aider à guérir.2 » Elle a actuellement une place importante parmi les médecines naturelles et commence même à avoir ses entrées à l’hôpital. Il existe des thérapeutes praticiens en apithérapie3 mais il est aussi possible de se soigner par soi-même.

Le miel

Il est élaboré par le tube digestif des abeilles à partir du nectar des fleurs. Les ouvrières se nourrissent de cette préparation dont la composition varie selon son origine florale. Plus de cent quatre-vingts substances ont été identifiées. Il a une forte concentration de glucose proche de quatre-vingts pour cent. En médecine traditionnelle chinoise, le miel est présenté comme un condensé d’énergies bien que très pauvre en vitamines et minéraux. En phytothérapie européenne, il est considéré comme anti-anémique : c’est un alicament. Pour l’anecdote, sachez que « pour produire 500 grammes de miel, les abeilles doivent effectuer 1 700 voyages, visiter 8 700 000 fleurs, le tout présentant 7 000 heures de travail4 ». Les usages du miel sont multiples et dépendent du type de nectar butiné (acacia, thym…). Pour qu’il soit efficace, la méthode d’extraction est importante afin qu’il conserve ses propriétés thérapeutiques (miel naturel non chauffé). Reconnu comme adoucissant et antitussif, l’habitude de le consommer par voie interne en cas de maux de gorge et d’affections respiratoires est commune à nombre d’entre nous. Ce qui l’est moins c’est son usage en cataplasmes sur les plaies et les brûlures pour profiter de ses effets antiseptique, cicatrisant et antalgique qui font aujourd’hui leurs preuves à l’hôpital. Utilisé aussi en cosmétique, le miel fait des merveilles en cas d’acné quand il est mélangé au citron et posé en masque une dizaine de minutes. La consommation de miel est contre-indiquée avant 1 an (risque de botulisme), en cas de mucosités (toux grasse) et de diarrhées/vomissements. Elle est à mesurer et non à abolir en cas de diabète.

© Jenny Balmefrézol

Le pollen d’abeille

Récolté à partir des fleurs par les abeilles pour nourrir les jeunes de la colonie, le pollen est aussi, pour nous, un des aliments naturels les plus nutritifs qui soit. Il contient une très grande partie des nutriments indispensables à notre organisme : une haute teneur en protéines5, acides aminés libres, vitamines, minéraux, acide folique, etc. La composition du pollen d’abeille varie d’une ruche à l’autre. Une cuillère à café de pollen représente un mois entier de butinage d’une abeille, à raison d’environ huit heures par jour. Les apiculteurs le récoltent à l’aide d’une « trappe à pollen » située à l’entrée de la ruche, pour cela ils ne font aucun mal aux abeilles et ne perturbent pas leur activité. Nombre de scientifiques et thérapeutes confèrent au pollen bien des vertus. Il pallie les carences nutritionnelles de l’organisme, stimule la vitalité et lutte contre la fatigue. L’application topique de pollen d’abeille est un remède homéopathique (Apis mellifica) bien connu notamment pour apaiser les troubles cutanés. Il facilite également la digestion et diminue la fréquence des allergies saisonnières. Il stimule et régule le système immunitaire, renforce le système cardio-vasculaire, soulage les douleurs de la prostate. Il agit sur les problèmes d’infertilité en rétablissant le fonctionnement des ovaires et stimulant la production d’hormones et est aphrodisiaque. Il agit contre la fragilité et la chute des cheveux, évite et réduit les problèmes d’asthme. En médecine holistique, on utilise fréquemment le pollen d’abeille pour soigner les problèmes d’accoutumance car il inhibe les besoins addictifs et réduit les pulsions, notamment alimentaires. Pour les enfants et adolescents une cuillère à café de pollen une ou deux fois par jour est recommandée. Pour un adulte ce sera une à deux cuillères à soupe deux fois par jour. Le pollen est un aliment, il n’y a aucun risque à doubler les doses. Néanmoins, pour les bébés, il est préférable d’attendre la diversification alimentaire. On peut le saupoudrer sur une tartine de miel, le diluer dans de l’eau, du jus de fruit ou le manger à la cuillère. Il y a une synergie entre le pollen et les fruits qui en augmente les effets bénéfiques. On le trouve séché ou frais (plus actif). Comme pour les autres produits de la ruche, le pollen issu de l’agriculture biologique est à privilégier pour sa qualité et pour préserver l’environnement en soutenant une agriculture respectueuse.

La gelée royale

Elle est sécrétée par les glandes salivaires des abeilles ouvrières pour nourrir la reine dont c’est la seule nourriture. Cette dernière vit ainsi environ cinq ans contre trois semaines à cinq mois pour les autres. Composée de soixante-six pour cent d’eau, la gelée contient aussi nombre d’oligo-éléments, de minéraux, d’acides aminés et d’acides gras essentiels. Les vitamines B et notamment la B5 présentes dans les cellules du corps humain (acide pantothénique) font partie de ce cocktail fabuleux. Parmi ses propriétés6, la gelée est considérée comme un stimulant général, fortifiant et revitalisant. Utilisée surtout en prévention, elle rééquilibre et régule le métabolisme pour procurer une vraie sensation de bien-être. Concrètement, la gelée se présente sous différentes formes galéniques : pure en flacon, mélangée au miel ou encore lyophilisée et atomisée. Cette dernière forme de préparation est celle qui présente le meilleur conditionnement. Pour les enfants ou les adultes, en usage interne, la gelée est utile en cas de fatigue, de convalescence, de déséquilibre général ou en cure à chaque changement de saison. À raison de zéro virgule cinq à un gramme par jour pour un adulte pendant vingt-et-un jours7, en association ou non avec du ginseng et de l’acérola, la cure de gelée royale est un bon moyen de conserver sa bonne santé ou de retrouver la forme. Certaines contre-indications sont à souligner : l’allergie aux produits de la ruche évidemment mais aussi en cas d’hypoglycémie, de selles molles ou de diarrhées.

La propolis8

Les abeilles recueillent une résine présente sur certaines plantes à laquelle elles ajoutent des sécrétions salivaires et une portion de cire. Elle est le résultat de plusieurs opérations effectuées par les butineuses les plus âgées de la ruche. Ce mastic végétal est formé de trois cents à quatre cents composés, il est utilisé par les abeilles pour obstruer les passages d’air et d’eau dans la ruche et pour l’assainir car c’est un anti-infectieux puissant. La propolis joue un rôle hygiénique et protecteur contre les invasions microbiennes et fongiques. L’ouverture de la ruche est sans cesse ajustée à l’aide de propolis. Ce passage constitue une sorte de chambre de stérilisation, d’où le nom propolis qui signifie, en grec ancien, « devant » (pro), la « cité » (polis). On la trouve sous diverses formes : morceaux bruts, comprimés, gomme à mâcher, extrait fluide ou sec, teinture, rince-bouche, dentifrice, pommade, etc. Les produits du commerce ont des pourcentages variables de propolis. Il est préférable de commencer par des petites doses et d’augmenter progressivement afin d’être sûr de ne pas être allergique. Elle est antiseptique, antioxydante et antibactérienne contre la plupart des germes pathogènes infectant les sphères oto-rhino-pharyngées, gastro-intestinales, uro-génitales, cutanées et buccales. Anti-microbienne, bactéricide, bactériostatique, antifongique, anti-protozoaire, elle agit aussi sur l’hypersensibilité dentaire, les caries, les infections, les gingivites et parodontites. Contre les infections des voies respiratoires, elle lutte contre les champignons appartenant au genre Candida, a une activité antivirale et préventive anticancéreuse. Elle est anti-inflammatoire, stimule le système immunitaire, régénère les tissus et les cellules, protège des rayons gamma et des rayons du soleil. La propolis calme les douleurs locales. Elle intervient aussi sur le système nerveux : stress, action sédative, dépression. Elle diminue les addictions et intervient sur le système respiratoire (bronchite, grippe, pneumonie, etc.). Utile pour le système sanguin (en cas de coupures, hypertension, cholestérol, hémorroïdes) et le système digestif (ulcère gastro-duodénal, paresse intestinale, infections des voies urinaires) comme pour les affections de la peau (brûlure, psoriasis, acné, etc.), elle a une action contre les troubles gynécologiques et sur certains maux liés à l’âge (prostate et ménopause).

La cire

Il s’agit du squelette de la ruche. C’est un corps gras qui capte les odeurs des fleurs mais aussi les pesticides et la pollution. La cire ne présente aucune valeur nutritionnelle. Elle est surtout utilisée en cosmétique, en soins externes, pour son action cicatrisante et nourrissante. La cire d’abeille peut être intéressante à mâcher pour les effets de la mastication sur la santé (gencives, dents, certains maux gastriques) plus que pour ses vertus propres.

Le venin

Sécrété à partir des glandes acides et basiques caudales des ouvrières, sa composition est encore incertaine et incomplète, mais on en connaît les éléments majeurs : quatre-vingt-cinq pour cent d’eau et quinze pour cent de matières sèches (protéines, peptides, acides aminés, enzymes, phospholipides, glucides). On le trouve sous forme de crème, lotion, comprimés et gouttes. Il peut être également administré par injection à la seringue, par inhalation ou par piqûre d’abeille, l’« apipuncture ». Cette méthode consiste à se faire piquer par le dard d’une abeille ouvrière sur des points d’acupuncture ou autres, en se servant du dard comme d’une aiguille pour injecter le venin. Largement répandue en Asie, Europe et Amérique du Nord, de très nombreux témoignages mettent en avant les incroyables bénéfices de cette thérapie. Les recherches sur le venin d’abeille semblent prometteuses. Néanmoins l’apipuncture ne doit en aucun cas être pratiquée à la légère. En cas d’allergie cela pourrait entraîner de graves problèmes pouvant aller jusqu’à la mort. Il est donc nécessaire de subir un test allergique avant d’entreprendre cette thérapie. Il existe des contre-indications que vous étudierez avec votre praticien. On utilise le venin afin de désensibiliser les personnes qui y sont allergiques. Il a des actions anti-inflammatoire, bactéricide, bactériostatique, antifongique et antibiotique. Il agit contre les affections cutanées : eczéma, psoriasis, escarres, verrues, mycoses, herpès, etc. Il agit contre les douleurs rhumatismales et articulaires. Il est utilisé dans le traitement de l’arthrite, des inflammations des tendons et des articulations, pour l’hyperthyroïdie et enfin pour traiter certaines affections neurologiques comme la sclérose en plaques ou la maladie de Charcot.

Une médecine qui pourrait disparaître…

Albert Einstein aurait dit que « si l’abeille venait à disparaître de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre9 ». Que dire donc de ce refus ou de cette lenteur à interdire l’utilisation de pesticides notamment de glyphosate, pesticide reconnu responsable de la mort de milliers d’abeilles ? Perdre les abeilles, c’est perdre nombre de fruits, de légumes et une grande partie de notre pharmacie naturelle.


Mâles des abeilles, ils fécondent les reines au printemps et en été.
2 Les Bienfaits de l’apithérapie, Catherine Ballot-Flurin, Éditions Eyrolles (2009).
3 https://www.apitherapiefrancophone.com
4 https://blog.jeanpelissier.com/le-miel/ que l’on consultera avec profit pour en savoir plus sur le miel en médecine traditionnelle chinoise.
5 Il est plus riche en protéines que n’importe quel autre aliment d’origine animale.
6 Guide pratique de diététique familiale, Dr Yves J. Charles et Jean-Luc Darrigol, Éditions Dangles (2007)
7 Changez d’alimentation, Pr Henri Joyeux, Éditions du Rocher (2013).
8 Propolis, Le complément alimentaire de la santé, André Senne, Éditions du palémon (1999) / Guérir avec les abeilles, Apithérapie et médecine chinoise, Claudette Raynal-Cartabas, Éditions Guy Trédaniel (2009).
9 « Utiliser les produits de la ruche pour la santé », Dr Mirela Strant, revue Abeilles et Cie, n° 163 (juin 2014).

Grandir Autrement a accompagné mes premiers pas de maman (et ceux du papa) en 2007, la naissance de chacun de mes 4 enfants, ma vie en Turquie puis en Nouvelle-Zélande ainsi que ma naissance de Femme heureuse au service d’autrui. Educatrice spécialisée titulaire d’un master en psycho-sociologie, mon parcours est jalonné de formations en Naturopathie puis en Médecine Traditionnelle Chinoise, en développement personnel, spirituel et en mémoire cellulaire. Rédactrice depuis 2013, un temps au Conseil d’Administration, je me régale du travail effectué par l’équipe grâce à laquelle j’apprends encore et prends un réel plaisir à partager les sujets qui me tiennent à coeur.

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