© Sandrine Silvestre

Un samedi matin, comme un autre : chants scandés que l’on entend depuis la rue, bouclée par un barrage de police. Nous ouvrons les fenêtres, un joyeux défilé de lucioles – des gilets jaunes – se dirige vers ce qui semblerait être le point de ralliement du cortège. Mes enfants prennent part au chant, « ils chantent la Marseillaise, maman ? » me demande mon fils ainé de 6 ans, « non, mon cœur, ils chantent pour dire qu’ils ne sont pas contents ! ».

Ma réponse leur a bien plu, et cela les a même un peu bluffés : on pouvait se rassembler dehors pour exprimer son désaccord ! Je les ai vus réfléchir, et tout en les imaginant chanter leurs propres revendications, ma fille me demande : « et le carnaval, alors ? ». Pas bête… comment distinguer un défilé contestataire d’un autre défilé costumé, lorsque l’on a 4 ans ? On y célèbre tout autant la solidarité, la joie de partager un moment ensemble – nous ne parlerons pas des violences policières – et nombreux chars et autres marionnettes caricaturant les hommes politiques peuvent nous rapprocher d’un défilé carnavalesque. S’en est suivi une discussion sur ce qui pourrait être le sens premier de manifester ; exprimer en public des opinions et des sentiments qu’ils soient joyeux ou indignés, de façon à interpeller.

R(urn)es etc…

Mon fils se manifeste en me rappelant la raison du défilé sous nos fenêtres : « mais maman, pourquoi les gilets jaunes défilent tout le temps ? ». Jusqu’à présent, nous n’avions jamais parlé de politique devant les enfants, bien que celle-ci s’immisce au quotidien dans leurs vies d’écoliers : effigie du président dans le hall de l’école, minute de silence à l’annonce du décès d’un chef d’état qu’ils ne connaissaient pas – « maman, le président est mort ! – oui, enfin non ma pitchoune, ce n’est pas le même que sur la photo… » et l’idée d’aborder le sujet à chaud un samedi matin m’a un peu prise au dépourvu. Peu de temps avant, la maîtresse de mon fils avait organisé un vote en vue du conseil des enfants et de la nomination des délégués de classe. Cela m’a donné une bonne occasion de relier cet événement à ce qui me tenait à cœur de leur expliquer : la démocratie. S’il est difficile de comprendre, à 4 et 6 ans, que le président d’un pays n’est pas forcément celui que tous les citoyens ont choisi d’élire, comprendre que l’élève d’une classe soit élu délégué au vu du plus grand nombre de votes, même s’il ne fait pas l’unanimité, fait sens. Et même si cela paraît injuste. Le vote est un moyen d’exprimer sa voix – électorale – et lorsqu’elle n’est pas entendue, la rue est un terrain de joutes verbales. Mes enfants reprendront-ils, dans quelques années, les slogans entendus comme j’ai pu moi-même le faire, ces cris du cœur pour un monde meilleur ?

Une fenêtre ouverte

Un samedi, comme aucun autre… le brouhaha de la circulation s’est tu. De la fenêtre ouverte, l’on entend le pépiement des oiseaux. Normal me direz- vous, le printemps s’est installé. À la place des cordons de police et des défilés, quelques vélos épars, nous sommes confinés… À 20 heures, des applaudissements, des bruits de casseroles. Mes enfants s’en donnent à cœur joie à qui fera le plus de bruit, alors que, reclus en journée dans nos abris de béton nous leur demandons l’impossible – « moins fort, pensez aux voisins ». Que comprennent-ils de ce rituel, en solidarité avec tous ceux qui travaillent pour sauver des vies, une économie ?
– « C’est une manifestation maman ! »

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