Crédit Stéphanie Pollak

Nous avons été jeunes. Nous avons reçu les commentaires irritants de nos parents sur nos heures perdues au téléphone ou sur un journal intime alors qu' « on passe à table » ou qu' « il fait si beau dehors ». Avouons-le à nos enfants ! Ou bien sommes-nous devenus nos parents irritants ? Parler de soi, multiplier les selfies, attendre les like et retwitt en 2017, rêver son nom dans le dictionnaire, placarder ses portraits entourés d'amis, passer des billets secrets en classe en 1990... Futilités ? Si on en croit certains gros titres, les jeunes d'aujourd'hui seraient asociaux, victimes de la technologie, accros aux écrans, en danger sur Internet. Pourtant, avec les moyens de leur époque, les jeunes ont toujours les mêmes besoins de construction de soi et de reconnaissance.

Pour Danah Boyd1, « les réseaux sociaux sont un endroit où les jeunes peuvent se retrouver avec leurs amis. Il faut prendre ça comme un espace public dans lequel ils traînent ». Face au besoin de connaître le regard que les autres ont sur eux, sur ce qu'ils aiment, pensent, les réseaux sociaux leur offrent un espace de réactions spontanées, en-dehors du regard des parents. S'ils cherchent la validation de leurs amis, c'est qu'ils en ont besoin, notamment dans leurs contradictions : vouloir être comme les autres et se sentir appartenir à un groupe, et en même temps mettre en avant ses particularités pour justement montrer qu'on est unique.

L'instantanéité offerte par les différentes applications permet de réagir plutôt que d'être passif devant un écran de télé. Quand on a du mal à se définir, qu'on se cherche, quel formidable moyen d'expression libérateur que celui des images ! Les jeunes s'emparent des outils et du vocabulaire des applis pour parler de leur vécu et peuvent être créatifs sans être nécessairement artistes. Se mettre en réseau, c'est s'inscrire dans une communauté web qui peut également représenter une source de soutien et, paradoxalement à l'image qu'on aime lui attribuer, de sociabilité pour certains jeunes en difficulté. Comme les mamans qui allaient sur les forums pour faire des couches lavables !

Ne nous voilons pas la face, les adolescents sont aussi curieux des grands tabous de l'humanité : sexe, violence, mort. Mais cela nous fait encore plus peur aujourd'hui car les images accessibles sur les réseaux sont beaucoup plus marquantes que celles que l'on peut s'imaginer. Et nous nous sentons parfois démuni.e.s car, nous le savons pour l'avoir vécu, le contrôle et l'interdiction n'apportent aucune garantie de protection.

Chaque réseau propose ses spécificités. Facebook s'est institutionnalisé depuis que les parents et les profs s'y sont incrustés. Si de plus en plus de jeunes n'y gardent qu'un profil de façade et leurs habitudes, ils se tournent désormais vers Snapchat, Twitter ou Instagram, où ils se savent entre eux, plus libres.

YouTube est principalement utilisé pour écouter de la musique et regarder des […]

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