© Céline Yadav

« Vos enfants ne sont pas vos enfants, […] Ils viennent par vous mais non
de vous, Et bien qu’ils soient avec vous, ce n’est pas à vous qu’ils appartiennent.
Vous pouvez leur donner votre Amour mais non pas vos pensées, Car ils ont leurs propres pensées.
1 » Nous avons beau savoir que nos enfants ne sont pas un prolongement de nous-mêmes, nous avons parfois tendance à croire mieux savoir qu’eux ce qui leur convient ou pourrait faire leur bonheur. Comment réussir à les accompagner au mieux, trouver le juste équilibre entre le contrôle et le manque de soutien ?

Nous sommes parfois surpris de constater dès les premières heures de vie d’un bébé qu’il ou elle a déjà un caractère propre, des préférences, etc. Chaque enfant est unique et cela prend son sens lorsque l’on découvre un tout petit bébé de manière privilégiée, et se confirme au fur et à mesure que ce bébé grandit. Parfois, c’est à la naissance du deuxième enfant de la famille que l’on réalise que ce que l’on avait pris pour des caractéristiques « normales » de tout bébé, étaient en fait des traits de personnalité de ce premier bébé en particulier. Quoi qu’il en soit, arrive un moment où la personnalité, les goûts, les facilités et les difficultés du jeune enfant s’affirment, se modifient parfois aussi.

Accompagner n’est pas guider

Nous avons parfois l’impression que notre rôle de parents est de guider nos enfants dans leurs apprentissages, leurs découvertes, de leur montrer « le bon chemin ». Pourtant, je crois profondément que notre rôle est plutôt de les accompagner. C’est-à-dire de leur montrer les différentes options, de répondre le plus honnêtement possible à leurs questions, pour leur donner les outils nécessaires afin qu’ils fassent leurs propres choix. Puis de les accompagner dans ces choix en les respectant, et ce, même s’ils ne suivent pas la voie que nous aurions empruntée à leur place. C’est plus exigeant, moins facile d’accompagner que de guider, mais c’est pour l’enfant beaucoup plus soutenant, émancipateur, cela renforce bien plus la confiance en soi et le sens de l’initiative. C’est un beau cadeau à faire à nos enfants que d’accepter de les accompagner plutôt que de vouloir les guider en prétendant savoir mieux qu’eux ce qui est bon pour eux. Se laisser surprendre en leur permettant de nous montrer le chemin qu’ils souhaitent tracer.

Prendre conscience de nos projections

Que nous le voulions ou non, en tant que parents, nous projetons des choses sur nos enfants : goûts, projets, traits de personnalité… Nous n’en avons pas toujours conscience, nous pensons « savoir » ce que cet enfant aime ou pas, est apte à réussir ou pas, etc. Lorsque notre enfant nous fait part de son envie de faire telle ou telle chose, il peut nous arriver d’être très surpris, car nous n’avions pas projeté cela pour lui. C’est alors que nos attentes inconscientes se montrent à nous. N’ayant jamais apprécié les sports de ballon, j’ai ainsi été très surprise lorsque ma fille m’a dit son goût pour le volley, découvert à l’école. Cela me paraissait presque incongru, mais j’ai réalisé que c’était lié à ma propre histoire et que cela n’avait rien de si étrange qu’elle puisse aimer le volley car elle est, bien entendu, une personne à part entière, différente de moi. Cet exemple est assez anecdotique mais symbolique et révélateur des attentes inconscientes que nous avons envers nos enfants. Pour les laisser libres de leurs choix, de leurs goûts et de leurs préférences, les laisser découvrir leurs aptitudes, il est important de se libérer de nos projections, qui peuvent devenir des schémas répétitifs et enfermants. Il n’est pas toujours facile ou agréable d’oser regarder en face toutes ces attentes dont nous nous pensions libres. C’est, pour le parent aussi, un travail à accomplir.

Chacun son chemin

Même si, intellectuellement, nous sommes généralement d’accord pour envisager que chacun d’entre nous a son propre chemin à parcourir, que chacun a sa propre « mission de vie », nous l’oublions parfois lorsqu’il s’agit de nos enfants. Et pourtant, chaque enfant est différent, unique, chacun a ses propres goûts, envies, affinités, différents de ceux de ses parents, grands-parents et même frères et sœurs. Les difficultés qu’il va rencontrer l’aideront à avancer. Il est naturel, en tant que parents, ou même en tant qu’adulte de l’entourage d’un enfant, que nous cherchions des moyens de le soutenir dans sa recherche de solutions, toutefois nous devons prendre garde à ne pas lui proposer ou même lui imposer « la » solution toute faite, qui nous paraît sincèrement être la meilleure. L’apprentissage se fait par essais et erreurs et ceux-ci aident à mûrir (ce qui est toujours vrai lorsque nous sommes adultes d’ailleurs !). Il peut être frustrant de voir un proche s’engager dans une voie que l’on pense vouée à l’échec, mais n’oublions pas que les erreurs sont aussi riches d’enseignement. D’ailleurs, il n’en résultera pas forcément une erreur, et nous serons peut-être surpris par la tournure des événements, et par un dénouement que nous n’avions pas imaginé.

Responsabilité contre culpabilité

En voulant aider ou protéger nos enfants, nous pouvons facilement tomber dans l’excès et vouloir tout diriger en prenant ombrage lorsqu’un enfant ne se conforme pas à nos conseils ou nos injonctions. De plus, certains parents tombent vite dans le piège de la culpabilité lorsqu’un enfant se trompe, vit mal une situation qu’il a provoquée, volontairement ou non… Or, cette culpabilité est déplacée. Nous ne sommes pas les seuls pourvoyeurs de joie ou de peine de nos enfants. Ils sont heureux pour mille et une raisons qui n’ont rien à voir avec nous, et de la même façon, ils peuvent être tristes, déçus, en colère, etc. pour mille et une raisons qui n’ont rien à voir avec nous. La tristesse ou la colère de nos enfants, d’une part ne les définit pas, elles sont un état passager, et d’autre part ne font pas de nous de mauvais parents. Bien sûr, nous avons à cœur de soutenir nos enfants dans leurs difficultés, de les aider à apaiser leurs colères ou à soulager leurs tristesses, mais soyons bien conscients que nous ne le pouvons pas toujours, et que nous ne sommes coupables de rien lorsque c’est le cas. Imaginer le contraire est finalement assez égocentrique, mais c’est un piège où il est pourtant facile de tomber. Reconnaître à nos enfants la responsabilité de leur vie, de leurs joies et de leurs peines, n’est pas les abandonner et ne nous empêche pas de les soutenir et de les accompagner dans ce qu’ils auront à traverser, mais cela leur laisse tout simplement la première place dans leur vie. C’est accepter avec humilité notre rôle de parent, et parfois accepter que ce n’est pas nous que nos enfants choisiront comme soutien privilégié, selon ce qu’ils auront à vivre. Accompagner son enfant est aussi accepter de se mettre en retrait parfois, accepter ou solliciter l’aide d’autres personnes, élargir le cercle sans prendre ombrage de la place que l’entourage prendra peu à peu dans la vie de nos enfants.

 


1 Le Prophète, Khalil Gibran, Éditions Le Livre de Poche (1993).

J'ai découvert Grandir Autrement lorsque j'attendais ma fille aînée en 2013. Puis je suis passée de lectrice à adhérente de l'association et maintenant rédactrice depuis quelques années. Infirmière de formation, j'ai passé toute ma (courte) carrière dans un service de réanimation néonatale. Depuis la naissance de mes enfants je ne travaille plus en tant qu'infirmière et suis même en reconversion pour devenir doula. Devenir Maman m'a énormément appris et incitée à apprendre, comprendre... L'allaitement, le portage, les massages, le cododo, la recherche de la bienveillance, tous ces éléments ont été à la fois des aides pour devenir la main que je souhaitais être et des défis à relever. Je suis heureuse de pouvoir partager un peu de toutes mes découvertes et en faire encore et encore grâce à Grandir Autrement.

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