© Sophie Elusse
5 heures, on lève les enfants. L’aéroport est à une heure de route. Dans la voiture, l’excitation est à son comble. Bientôt, les bagages sont enregistrés, la sécurité passée. Dans le tunnel qui mène à l’avion, nous échangeons un regard avec mon épouse, heureux d’avoir su trouver l’énergie de nous projeter dans ce nouveau voyage. Car si voyager avec nos enfants a toujours été un plaisir, l’entreprise n’en reste pas moins éreintante à bien des égards. Tour d’horizon des obstacles qu’il nous a fallu surmonter pour en arriver là. Les enfants participent au choix de la destination, ce qui enrichit – et complique – la donne. Les suggestions manquent rarement d’originalité : marcher dans la jungle, partir en chien de traîneau, flotter dans la Mer Morte, observer un condor, voir les pyramides, grimper dans une éolienne ou plus simplement manger dans le coffre de la voiture. Si elle ne peut pas contenter tout le monde, la médiation qui s’en suit permet d’expliquer qu’il est possible de dérouler le fil des envies sur plusieurs années. Réticents face aux formules à la disposition des familles, nous préférons user les pages de notre guide, esquisser un itinéraire, nous imprégner de ce qui nous attend par la musique ou la cuisine. Partant du principe qu’avec trois enfants, toute perspective de repos a disparu, nous n’avons d’autre choix que de composer avec notre fatigue pour avancer. Si certaines destinations sont vite écartées pour des raisons budgétaires ou de faisabilité, d’autres font l’objet de débats animés.

« Qu’allez-vous faire là-bas ? »

Lorsque la destination est actée, l’été pointe déjà le bout de son nez. La famille et les amis ont depuis longtemps réservé leurs vacances, et insistent souvent pour savoir où on va. Les remarques fusent : « qu’allez-vous faire là-bas ? », « qu’allez-vous manger ? », « les enfants sont trop petits ! », « il fera trop chaud (ou trop froid) », « c’est trop loin », « les enfants préfèrent la mer (ou sont trop petits pour aller à la mer) », « et s’ils tombent malades ? » ou encore « de toute façon, ils ne gardent aucun souvenir précis avant l’âge de 3 ans ». Parfois, le doute s’instille et érode un peu notre détermination. Quand il prend de l’ampleur, nous nous nourrissons de l’enthousiasme sans filtre de nos enfants pour reprendre confiance.

Non, on ne déménage pas !

Nous avons la chance d’avoir des enfants qui aiment découvrir de nouvelles choses. Mais pour les deux plus jeunes, les préparatifs s’accompagnent encore d’un sentiment d’insécurité qui les pousse à vouloir faire entrer dans la valise leur garde-robe, la bibliothèque et leur malle de jouets, si jamais l’envie nous prenait de ne jamais revenir. Pour apaiser cette crainte, nous préparons les valises lorsqu’elles sont endormies. Je ne sais pas si c’est parce que l’échéance approche ou si c’est juste une étape particulièrement sensible, mais chez nous elle s’effectue sous une pression qui annihile pour ainsi dire tous les efforts consentis […]

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