© Victorine Meyers

Que mange-t-on ? Généralement, les lardons ne sont pas fans des légumes, ça manque de frite à leur goût, et cela ne leur file pas la banane.

En ce qui concerne la mienne – mon lardon à moi –, quand les carottes sont cuites, c’est pire que si je lui passais un navet sans baguette magique. J’ai beau lui dire que les légumes, c’est bon pour avoir la pêche, elle me rétorque d’arrêter mes salades et de lui prendre le chou ! À presque chaque repas gastronomique à la française de patrimoine immatériel de l’UNESCO, il faut donc que je me décarcasse pour qu’elle soit aux petits oignons, et éviter qu’il y ait un os. Quand ma crevette était haute comme trois pommes, c’était plus facile que maintenant qu’elle est devenue grande comme une asperge un peu sauvage et qu’elle a souvent l’estomac dans les talons. Avant, je lui servais la soupe ou des petits pots à la fleur de courgette. À présent, – du passé, faisons table rase – j’ai pris de la bouteille, un crâne d’œuf et de la brioche. Dorénavant, il faut mettre les petits plats dans les grands si je veux éviter qu’il y ait une coui…euh… un cheveu dans le potage.
Mais, revenons donc à nos moutons ! Que pourrais-je bien lui mijoter pour éviter la soupe à la grimace ? Puisque je ne raffole pas trop du cordon bleu ni du fast-food, il y a du pain sur la planche et je pédale souvent dans la choucroute, comme pris dans une opération escargot. Alors, je lui demande parfois de mettre la main à la pâte, ou sur une poche à douille. J’évite les couteaux, elle n’aime pas les fruits amers. Cependant, elle joue volontiers de la mandoline et moi de l’économe, surtout en fin de mois, quand on n’a plus un radis, qu’on est fauchés comme les blés et qu’il est difficile de mettre du beurre dans les épinards. Par conséquent, même si je n’ai pas d’oursins dans le porte-monnaie, je marche sur des œufs et cela finit souvent par une omelette.

Mais, que mange-t-on ?

Pour que cela passe crème, d’entrée de jeu, je plaide pour un avocat afin que la mayonnaise prenne et que ça ne tourne pas au vinaigre. Ou bien, en guise de diversion : des tomates-cerise, des tomates-ananas, ce qui me permet de lui sortir ma science en lui enseignant que les tomates sont des fruits comme les autres. Pourtant, pour toute réponse, elle sous-entend que j’ai le melon, que j’étale ma déconfiture.
En plat de résistance, je suis plutôt partisan de nous mettre comme des poissons dans l’eau avec des dauphines, sous-vide. Une fois, j’ai essayé de la pigeonner en annonçant des fèves (je sais qu’elle aime la trouver), mais ça a été gratiné ; elle a failli en faire une galette. Bref : je me suis royalement viandé et j’ai failli ouïr « Des fèves ça ! Et mon sot-l’y-laisse, c’est du poulet ? ».
Ensuite, pour ne pas en faire tout un fromage, j’ose de temps en temps La Vache qui rit. Je sais, je sais… camembert, hein ! Cela ne mange pas de pain ! Mais par chance, elle aime bien l’époisses aussi.
Au dessert, pour la fin des haricots, c’est généralement du gâteau ; même si cela peut être mi-figue, mi-raisin. Bien qu’elle me dise qu’elle pourrait avaler en un éclair un Paris-Brest ou même ramener sa fraise à une religieuse, je lui parle de main de Bouddha, de fruits du dragon et de toute une mythologie qui l’enchante juste un instant, sans toutefois calmer sa faim de loup. Pour elle, c’est du flan. Ce qui lui plairait à ma chouquette, c’est que l’on invite à chaque dessert la farandole de ses copains et copines : Charlotte, la belle Hélène, Florentin, Marguerite, Cannelle, Honoré, Madeleine, Mouna, Hazel, Suzette, Salambo la magnifique, Amandine, Prune, Clémentine, Cerise, Myrtille… Ne pouvant convier à chaque fin de banquet tous ces fins gourmets, pour couper la poire en deux, on finit parfois par goûter aux bêtises, mais cela compte pour du beurre.

Voilà, même si ce n’est pas une Cène à chaque fois, quand on passe à table, c’est assez mouvementé, on n’y va pas avec le dos de la cuillère. Elle me chante que les légumes, c’est comme les fleurs : périssable ; que je devrais plutôt lui apporter des bonbons. Alors, je mets mon chandail, je sors une girafe, une guitare, une bicyclette et on bulle comme des malabars en riant à tous ces mots aigres-doux.
Bref, je me régale avec mon lardon. J’espère que quand je boufferai les pissenlits par la racine, elle se souviendra de moi avec la banane, même si parfois j’aurai été soupe-au-lait.

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