© Anaïs Tamen

Les Français mangent en moyenne quatre-vingt-dix kilos de viande par an, soit deux fois plus que leur grands-parents et trois fois plus que leurs arrière-grands-parents1. Chaque année, dans le monde, plus de mille milliards de poissons et plus de soixante milliards d’animaux terrestres et oiseaux sont tués pour être consommés2. L’exploitation et l’extermination des animaux que nous jugeons comestibles atteignent des proportions inégalées dans la relative indifférence du plus grand nombre, au point que de nombreux philosophes3 et grand auteurs4 ont comparé l’ignominie de l’élevage industriel à l’horreur nazie. Comment expliquer ce massacre de masse quotidien et silencieux ? Notre modèle alimentaire, importé en Asie, où la consommation de viande explose, est-il soutenable écologiquement et éthiquement ?

« La majorité des gens semble avoir accepté le fait de manger les animaux comme un acte banal de l’existence. » Jonathan Safran Foer 5

Mélanie Joy, professeure de psychologie sociale à l’Université du Massachusetts, a nommé l’idéologie dominante qui nous amène à penser qu’il est normal, naturel et nécessaire de consommer de la viande et des produits issus des animaux et nous conforte dans cette idée à chaque acte de consommation, le carnisme. Les rouages du carnisme sont multiples et peu visibles : la culture, la tradition, les discours officiels des institutions chargées de la santé ou de l’enseignement, la publicité nous montrent des animaux caricaturés, stéréotypés, rajeunis pour mieux asseoir notre supériorité sur eux. C’est que le spécisme, ou l’humanisme anthropocentrique, se trouve au cœur de la tradition philosophique occidentale et de la culture judéo-chrétienne.

Dans le discours dominant, les exploitations sont des fermes familiales, idéalisées, et les animaux présentés comme heureux d’offrir leur viande aux humains, ce que les militants anti-spécisme appellent la « suicide food ». Le carnisme présente la viande, les laitages et tous les produits issus des animaux comme abstraits, sans lien avec les animaux d’origine. Une étude réalisée à Chicago auprès d’enfants issus de classes moyennes a montré que 50 % d’entre eux ne font pas le lien entre hamburger et vache6. L’abondance générée par la production de masse renforce notre capacité à dénaturer et objectiver les animaux. Qui se soucie des conditions de vie et de mort des neuf-cent-soixante-cinq millions de volailles abattues chaque année en France7 dont 83 % sont élevées sans voir la lumière du jour8 ? 95 % des vingt-cinq millions de cochons français sont nés et élevés dans des hangars, coupés de tout contact avec la terre et la ronde des saisons9. Chaque jour en France sont tués cinq-cent-mille bovins, ovins et porcins10 […]

La suite de cet article est réservée aux abonné·e·s

Choisir une formule
d'abonnement
Je suis déjà
abonné·e

LAISSER UN COMMENTAIRE

Saisissez votre commentaire svp !
Saisir votre nom ici svp

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.